OK, celle-ci va être plutôt longue, je crois.
J’étais curieux de voir la Suisse et ses montagnes, et ça adonnait qu’une amie avait besoin d’un gardien pour son chat, Walter, pendant son séjour au Canada.

Trois semaines d’hébergement à Genève, c’est quand même un bon deal ! Alors voici un peu ce qu’a été ma vie là-bas durant ces quelques semaines…

CHF VS CAD
Genève me rappelle à quel point mes dollars canadiens me donnent autant de pouvoir d’achat qu’un enfant qui négocie des bonbons avec ses dollars Monopoly auprès de ses parents.
La réalité économique est sur une autre planète ici. Il n’y a pas de salaire minimum géré par l’État à l’échelle nationale, mais à Genève, il est de 25 francs suisses (CHF), soit l’équivalent d’environ 42 $ CAD. Le salaire moyen, lui, est de 83 400 CHF, soit 143 876 $ CAD. Petit rappel : le salaire moyen au Québec est de 52 000 $ CAD… Tout coûte cher, mais les salaires suivent en conséquence ; donc quand tu résides ici, ça se perçoit à peine. Inutile de dire que mon séjour ici ne sera pas gastronomique, mais plutôt rythmé par le vélo et les randonnées !
Heureusement, la seule chose qui ne coûte rien ici, c’est la bière à 50 sous la grosse canette !

J’ai développé une tendance chronique à manquer les transports en commun. Le réseau est réglé comme une horloge… suisse. Je ne suis pas habitué à autant d’efficacité avec les réseaux du Québec, encore moins depuis que je vis en campagne ! Il y a une expression ici qui dit : « Si le train quitte avec une minute de plus sur l’horaire, il est en retard. Une minute de moins, il est en avance. » Tu as intérêt à être là pour 10 h 13 si ton départ indique 10 h 13 !

Maison Tavel
Ma première excursion urbaine est la visite de la Maison Tavel. Il s’agit de la plus vieille demeure de Genève, qui ne fait pourtant pas ses 1 000 ans. L’édifice, en plein cœur de la ville, est rempli de petits recoins et de pièces immenses. On ne sait plus trop ce qui a été rebâti depuis l’incendie du XIVe siècle, mais ça craque partout et ça sent comme chez mes grands-parents quand j’étais petit.
Une salle au sous-sol présente au mur d’énormes pesées qui étaient utilisées pour calibrer les balances commerciales. Impossible de résister à l’envie d’en soulever une. Il n’en a pas fallu plus pour réveiller le « gardien » de sécurité, qui semblait trouver la journée longue sur sa chaise. Une visite gratuite et très intéressante, au final !






La ville
Le réseau de transports publics à Genève, pour le peu que je puisse comparer avec d’autres villes européennes, est très, très efficace. On peut se rendre pas mal n’importe où, tant dans le centre-ville que dans les petits villages environnants, sans aucun problème.
Les rues sont plutôt difficiles à apprivoiser à vélo. Elles zigzaguent dans tous les sens et les rails de tramway font exactement la largeur de ma roue… Quelques « close calls » en souvenir ! Les nombreux panneaux de signalisation m’étaient tout simplement incompréhensibles, malgré une première expérience en France. Disons que j’étais assez dépendant de Google Maps et que je consultais ma boîte noire tous les trois coins de rue pour me rendre compte que je n’avais pas pris la bonne direction.
Je suis assez fier de mes épiceries à vélo et des 50 livres de bouffe que je réussis à rapporter dans mon sac à dos. Disons que j’étais sur la plus petite vitesse au retour !

Impossible de venir en Suisse sans visiter le fameux Jet d’eau de Genève : impressionnant, avec son eau qui jaillit à 200 km/h, et particulièrement rafraîchissant ! J’y suis allé vers 20 h – 20 h 30. Il faisait encore une chaleur caniculaire, mais il y a plein d’endroits tout le long de la berge, en pleine ville, où les gens peuvent aller se baigner. C’est un peu surréaliste, car pour moi, ville égale eau trouble et dégueulasse. Mais là, tout le monde peut y aller avant d’aller travailler ou au retour le soir. Peu importe l’heure, l’eau est toujours très accessible et baignable. C’est quand même un beau cadeau qu’ils se sont fait !
Il y a d’ailleurs des villes comme Berne où les gens rentrent chez eux par la rivière après le travail. Les garagistes, les banquiers, les enseignants… allez hop, tout le monde en maillot dans l’eau ! C’est quand même assez unique.




Il y a aussi plein d’endroits le long des berges où des structures sont aménagées pour faciliter l’accès à l’eau et la baignade.

Le Rhône, wow…
Le Rhône naît dans les Alpes suisses et se jette dans la mer Méditerranée, en France, sur un parcours total de 812 kilomètres.
Arrivé au point de « La Jonction », où le Rhône et l’Arve se rejoignent, il y a toujours une foule qui prend des bains de soleil sur l’heure du dîner ou après le travail. C’est là que j’ai fait la rencontre d’un (rare) Suisse sympathique, Fasio, qui porte des dreadlocks depuis 24 ans et qui lui arrivent maintenant aux mollets. Très impressionnant !



C’est justement près de là qu’il est possible d’embarquer sur le fleuve, à la sortie du lac Léman, pour se laisser dériver tranquillement sur ses eaux turquoise. Il y a un gros rassemblement ce samedi et des dizaines d’embarcations vont se lancer à l’eau.




Il y a quelques bâtiments qui ont été transformés en œuvres d’art au bord de l’eau, le long de la rive.






En poursuivant la descente, on croise quelques « pousseurs » qui… poussent des barges sur le fleuve.



C’est d’ailleurs là que je rencontre Heidi et son chien Bowie (comme David !), qui profitent de l’eau avant le travail. Après avoir discuté un peu, ils se joignent à moi pour poursuivre la dérive.

Le trajet tire à sa fin et nous faisons des plans pour une balade à l’extérieur de la ville le lendemain.
Lac de Joux
Tôt le lendemain matin, je rejoins Heidi pour partir en randonnée. Une belle surprise : on va rouler en Jimny ! Je trouvais ce véhicule très hot en Islande (il y en avait plein) et là, je suis dedans ! Il manque au Québec, ce véhicule, il y serait parfait.

Notre randonnée va longer le lac de Joux, dans le village du Pont, voisin du village Le Lieu… Décidément, les noms sont descriptifs !


Le sentier est plutôt facile et alterne entre la forêt et le bord du lac. Nous croisons une famille de cerfs qui sont visiblement aussi curieux que le chien sur leur existence mutuelle.



Il fait une chaleur assez écrasante à notre arrivée au point de baignade. Bowie et sa quête constante d’eau nous guident jusqu’au bord de la falaise pour nous rafraîchir.

Au bout du parcours, nous passons dans le « centre-ville » du Lieu (qui est le nom du village, juste pour vous le rappeler) pour remplir nos gourdes d’eau et dénicher un truc à manger. Nous achetons deux bières artisanales dans une petite épicerie-boulangerie qui, sur le point de fermer, nous offre gracieusement une tarte invendue. Un cadeau parfait pour faire le plein de glucides !


Une fois reposés, nous reprenons l’autobus jusqu’à notre point de départ (oui, il y a vraiment des bus partout). Autre belle surprise : les chiens sont acceptés dans les transports publics. Bowie ne s’en est pas plaint.

Pour le retour, j’ai le plaisir de conduire le Jimny jusqu’à Genève. J’ai l’impression de piloter un véhicule militaire moderne. Tout est carré, mais efficace ! Nous prenons les petites routes de montagne en évitant soigneusement les autoroutes.

50 km de vélo jusqu’à Yvoire
J’avais dans l’idée de faire le tour du lac Léman à vélo : un parcours d’environ 200 km. Je suis du genre à me lancer dans le vide et me demander après si c’était une bonne idée, mais je me suis dit qu’un bon test d’à-propos serait une visite au château médiéval d’Yvoire, avec un petit 50 km à parcourir.
Bâti en 1306, ce château a été conçu comme une citadelle militaire stratégique pour contrôler la navigation entre Genève et le Valais. Incendiée et partiellement démantelée lors des conflits du XVIe siècle, la cité est redevenue une espèce de trou dont personne ne se souciait. Sous l’impulsion de ses habitants et des propriétaires du château, le village opère dès les années 1950 une métamorphose pour sortir de son déclin de simple bourg de pêcheurs. Afin de redorer l’image de la ville et d’attirer les visiteurs, une démarche collective transforme le centre historique : les devantures des commerces, les façades en pierre et les ruelles pavées sont abondamment végétalisées et garnies de fleurs. Le château a été partiellement restauré, mais on ne peut pas y entrer. L’attraction principale est le célèbre Jardin des Cinq Sens, mais à 20 euros pour se promener dans un petit jardin de cour arrière, je vais passer.








Ça reste ma plus grande ride de vélo à ce jour. Je sens que demain, je vais avoir mal aux jambes et au cul ! Surtout que cette sortie m’a permis de réaliser que le vélo était trop grand pour moi. Ça reste quand même une belle balade le long du lac Léman. Comme un peu partout en Suisse, c’est aussi agréable de ne pas avoir à traîner d’eau avec soi, car il y a des sources partout.
Randonnée aux Rochers de Naye
Après quelques jours, je traverse à nouveau de l’autre côté du lac Léman, en train cette fois, pour une randonnée au sommet des Rochers de Naye via la route du Terravet.
Il faut prendre un deuxième petit train pour la montée jusqu’au village de Caux, où la randonnée débute. Le train est aussi bruyant qu’une laveuse à linge à laquelle on refuserait un nouveau bearing. Ça me fait mal aux oreilles en montant dans les tunnels ! Au moins, la vue sur le lac et les montagnes est toujours aussi époustouflante. Il y a plein de petites maisons qui ont élu domicile sur les pentes escarpées bordant la voie ferrée. Elles ont une vue assez incroyable sur le lac, les montagnes et le coucher de soleil à l’ouest. Ça doit être quelque chose de vivre dans cette « banalité ».
Arrivé à une station intermédiaire, je comprends mieux d’où vient ce bruit : nous montons littéralement sur un rail dentelé, comme des montagnes russes. C’est probablement une bonne chose, vu l’inclinaison très importante de notre ascension !

J’ai un peu mal calculé mon horaire de départ et le trajet, ce qui fait que je débute ma randonnée à 11 h… Il fait déjà près de 30 °C ! 😬
Pour la version vidéo, voir l’autre article « Escale au Rocher de la Haye«









Visite du CERN

Un peu comme pour le musée Giger à Gruyères, j’allume tout à coup que je me trouve à Genève, là où se situe le plus grand accélérateur de particules au monde — un sujet sur lequel j’ai tellement lu depuis des années ! Je peux enfin le voir de mes propres yeux (ou presque).
C’est un déplacement d’à peine 15 minutes pour me rendre sur le site, et en plus, la visite est gratuite !

En attendant le guide, je me promène dans les différentes ailes où sont exposés plusieurs artefacts, notamment l’un des ordinateurs utilisés par Tim Berners-Lee et Robert Cailliau pour créer le World Wide Web en 1989.





On y découvre aussi des œuvres d’art liées à la science, comme la sculpture cinétique Round About Four Dimensions de Julius von Bismarck et Benjamin Maus. C’est une représentation tridimensionnelle en mouvement d’un hypercube à quatre dimensions (un tesseract), conçue pour illustrer visuellement des concepts physiques qui dépassent notre perception spatiale.


Et aussi, une autre que j’ai bien aimée : Chroma VII, créée en 2023 par l’artiste sud-coréen Yunchul Kim pour l’exposition Exploring the Unknown du CERN Science Gateway. C’est une installation cinétique de 15 mètres de long formée de 324 cellules articulées, enroulée en un nœud complexe animé par des microcontrôleurs et des reflets chromatiques.


Durant la visite, nous découvrons aussi le site de Meyrin, où se trouvent les vestiges du Synchrocyclotron de 600 MeV (SC), le tout premier accélérateur de particules du CERN, mis en service en 1957. Après 33 ans d’utilisation, cet équipement pionnier a marqué le lancement officiel de la recherche européenne en physique nucléaire et subatomique.






Je suis geek et je l’assume. Merci.
#metoo au Ella-Fitzgerald

Un autre truc intéressant à Genève durant mon séjour, c’étaient les spectacles gratuits au parc Ella-Fitzgerald. Le premier était celui d’ADG7, un groupe de folk-pop coréen qui swinguait pas mal !


Le week-end suivant avait lieu la prestation de Boko Yout : une espèce de rock alternatif assez saccadé, mais très énergique, surtout avec la présence de Paul Adama qui se dandine les fesses partout ! La foule attendant sur le parterre, je suis allé me planter tout de suite contre la clôture pour avoir la meilleure place.
Ce dernier étant très ouvertement homosexuel (encore plus sur scène), le public était un peu dans le même genre, disons. Et il y avait quelques spécimens particuliers… Notamment un jeune qui se donnait la réplique très fort à lui-même ou qui participait à des conversations où il n’était pas inclus, avec des gens pas du tout près de lui. On ne pouvait pas le rater et c’était un brin dérangeant, mais je n’en ai pas fait de cas, me doutant qu’il était peut-être un peu challenged.
Bien tranquille contre la clôture à attendre le début, je sens alors une pression sur ma cuisse. Mon sens spatial me confirme qu’avec la densité de personnes autour de moi, il n’y a aucune raison d’avoir quelqu’un dans ma bulle personnelle comme ça. Je me retourne : ladite personne dérangeante est à 10 centimètres de moi, en train de me frotter son érection sur la cuisse, l’air de rien. Je le dévisage et il se recule en disant simplement « Oh, pardon ». Tellement surpris par la scène, je ne sais pas trop comment réagir. Je le punche ? Peut-être un peu trop intense. Je l’engueule ? À quoi bon. Je laisse passer et ça se termine là.
Finalement, le spectacle de Boko Yout débute et Paul, un chanteur assez imposant, commence à se rouler partout et à faire la ballerine hardcore. Il y met tout son cœur et transpire comme jamais. Je ne croyais pas que c’était possible de transpirer autant et de rester en vie ! Après seulement deux chansons, il n’avait plus un seul morceau de vêtement sec. De quoi faire pâlir de jalousie un pilote de Formule 1.



Texte corrigé
Le fameux personnage du début était toujours aussi audible et répondait à tous les commentaires ou mimiques du chanteur à qui voulait bien l’entendre. C’est le genre de personne que tu as envie de puncher dans la gorge pendant un show ; le genre qui s’assoit à l’avant dans un spectacle d’humoriste pour donner la réplique aux blagues. Mais bon, ce n’est pas mon premier rodéo et je me concentre sur le groupe.
À la troisième chanson, qu’est-ce que je sens à nouveau derrière ma cuisse ? Je me retourne : M. Torpille était en pleine récidive et me sert une fois de plus son naïf « Oh, pardon ! ». Je l’ai envoyé valser dans la foule cette fois, et il a compris le message.
Cette situation a été un peu mon moment #metoo. Il avait beau être simple d’esprit, je me sentais agressé de me faire poinçonner par un dick non sollicité. Cela m’a fait prendre conscience de ce que les femmes vivent au quotidien. Dans les transports en commun, les parcs, les bars ou les écoles, j’ai tellement souvent entendu ce genre d’histoires de la part de mes amies… Je comprends un peu mieux cette pression maintenant.
Spectacle terminé, tout le monde se casse, car les Genevois sont sages. Je reprends la direction de la sortie avec mon vélo, pour me heurter à une clôture fermée. Puis une autre, et une autre. Ils ont complètement fermé le parc pour ne laisser qu’une seule sortie, très loin de la scène. Pas terrible comme logistique quand il y a une foule qui veut quitter les lieux.
Mais les bizarres ne s’arrêtent pas là !
J’attends à une lumière rouge et un autre cycliste s’arrête à côté de moi. Il est en grande conversation avec lui-même et se lance dans des exclamations sur toutes les banalités qu’il observe, comme le fait qu’on ne peut pas traverser sur le feu rouge, que le feu est de couleur rouge, et d’autres trucs qui m’ont échappé. Il était très enthousiasmé par tout ça.
Est-ce que Genève est toujours comme ça ? Seulement le vendredi soir ? Je ne le saurai peut-être jamais, c’est un mystère qui plane.
Soirée malaise « Parlez français »
Pour rencontrer des gens du coin, je me suis inscrit à un événement « Parlez français » où une dizaine de personnes se réunissent pour pratiquer leur français. Notre animateur, Rodrigo, distribue des questions à tout le monde pour lancer des sujets de conversation. Nous devons lire la question et y répondre devant le groupe. Ma question : « À quand remonte la dernière fois que vous avez menti et pourquoi ? ». Je ne savais pas trop quoi répondre (parce que je dis toujours la vérité), alors les fils se sont touchés dans ma tête.
« En fait, j’ai deux mensonges à partager. » J’ai alors inventé une histoire où je gardais le chat d’une amie et où, après que l’animal s’est enfui à jamais, j’en ai trouvé un identique dans une animalerie pour le remplacer sans que personne s’en rende compte. L’auditoire était sidéré d’avoir un tel monstre à sa table ! On m’a inondé de questions supplémentaires et j’ai sorti mes patins pour tenter de me rendre à mon deuxième mensonge : « Mon deuxième mensonge : j’ai un jour assisté à un événement « Parlez français » où j’ai raconté un gros mensonge au sujet d’un chat perdu et remplacé. » Personne, mais absolument personne n’a compris ma blague. J’ai eu droit à des yeux de chevreuil dans les phares.
Finalement, le mot de la fin avant de quitter la Suisse : les chips au paprika, ça ne goûte rien.



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