Catégorie : Récits de voyage

  • À temps pour l’orage à Perpignan (1938 km)

    À temps pour l’orage à Perpignan (1938 km)

    LE camping sauvage parfait

    Ma progression vers la mer va bon train, mais la nuit approche et mes emplacements potentiels pour dormir sont encore loin. En descendant un col de montagne dans une forêt domaniale, je remarque une petite route de gravier qui s’enfonce dans les bois. Je tente ma chance ! Après à peine 100 mètres, j’arrive à un petit pont qui surplombe une rivière et des chutes. Ce virage pris au hasard m’aura conduit à l’emplacement de camping sauvage le plus incroyable que j’aie jamais vu. Un bel espace plat dans les feuilles, légèrement caché de la route en contrebas, me permet d’installer ma tente et de garder ma moto près de moi. J’ai un bassin d’eau au pied de la chute qui me permet de me laver les couilles tranquille, sous le couvert d’une immense et vieille forêt. On aime ça, les coups de dés du genre ! Avec le bruit blanc de l’eau qui coule, j’ai eu le meilleur sommeil depuis longtemps.

    Hébergement deluxe à Perpignan…

    Le lendemain, je reprends tranquillement la route jusqu’à Perpignan, où je me pose dans une « auberge de jeunesse » en espérant y rencontrer d’autres voyageurs. Oh boy… J’arrive devant un immeuble sans poignée de porte (il faut juste donner un coup de pied pour la décoincer), qui donne ensuite sur des escaliers plongés dans le noir, l’éclairage ayant été saboté par les voisins qui n’aiment pas l’idée d’avoir autant de va-et-vient.

    Une fois sur place, il s’agit simplement d’un appartement reconverti avec des chambres où sont installés des lits superposés triples en métal qui couinent quand mes voisins les escaladent à deux heures du matin. La pièce commune n’est qu’un divan avec une table et une télévision qui tourne en boucle sur des téléromans et les nouvelles françaises, devant une femme qui semble vivre ici depuis plusieurs jours.

    Je partage aussi ma chambre avec un homme à la voix de ténor, ainsi qu’Elvis, un chien de race « pompe à piscine » avec un œil rouge qui sort de son orbite, arborant un filet de bave perpétuel et un regard creux qui contemple le vide de sa propre existence… Bref, disons qu’il ne marque pas des points pour son espèce !

    Échec de plage

    Je tente une escapade rapide pour aller à la plage et profiter un peu de la Méditerranée par ce 35 °C ambiant. Arrivé sur place, il n’y a pas un chat. Probablement à cause des vents de 100 km/h qui poussent tout sur leur passage : les déchets, les feuilles de palmiers, les jupes des touristes… J’en ai les yeux et la bouche pleins de sable. Je crois que mon petit après-midi à boire une bière tranquille sur la plage n’aura pas lieu, finalement. Le sauveteur devait trouver le temps long sur sa chaise. Je rebrousse donc chemin pour revenir au doux bruit blanc des téléromans de ma voisine. Ce n’est peut-être pas si mal au final, car un violent orage éclate tout juste après mon arrivée à moto, et on peut voir aux nouvelles des tornades qui touchent le sol à Carcassonne, pas très loin d’ici.

    Pasteur Dominique

    Dans ma hâte de trouver un hébergement, je n’avais pas remarqué qu’il n’y avait aucune cuisine ici. Pas très commode, mais je m’installe tout de même pour me faire un spaghetti dans la salle commune. Le propriétaire est venu me voir par la suite, visiblement mécontent que j’aie utilisé mon brûleur à gaz dans l’appartement. Ma faute (mais j’ai bien mangé !).

    Cela m’a permis de discuter une bonne heure avec lui pour me rendre compte que nous avons une personnalité de polymathe très semblable. Il est docteur et enseignant en théologie (ouf !), travaillait anciennement dans la construction, et possédait des immeubles à revenus qu’il a tous vendus pour s’occuper des orphelins en Afrique (il vit la majeure partie de son temps au Cameroun). Il possédait une entreprise de développement informatique en Angleterre, qu’il a rapatriée en France et qui emploie des développeurs en Afrique. Il fait de l’hébergement de courte durée dans son immeuble pour financer les orphelinats. Il a voyagé partout en Europe, en Asie de l’Ouest et en Afrique sur sa moto depuis trente ans. Et là, il s’occupe de réparer la porte d’entrée sans poignée brisée par le syndic de son immeuble, qui lui cause des problèmes pour son auberge et veut lui racheter ses parts pour une transmission à deux sous. Bref, à part citer la Bible par cœur, nous avons beaucoup de points communs !

    Il m’apprend aussi qu’il héberge gratuitement l’homme et la femme, et leur donne un peu de travail pour les aider à remonter la pente. Elle est dépressive et s’est fait jeter dehors par son mari, et lui est en procédure de séparation avec la mère de ses quatre enfants qui l’a trompé. Le téléroman n’est pas qu’à la télévision, visiblement.

    Dominique, le propriétaire, prêche la bonne parole, mais l’applique aussi concrètement : c’est beau à voir.

    Demain il fait chaud et je repars pour longer la cote jusqu’en Italie. Mais avant, prise 2 pour la plage. Avec succès ! Sauf pour le bout où j’ai laissé mes clés sur le neiman de la moto, mais elle était encore là à mon retour, donc c’est ok.

  • Endors la vieille (1742 km)

    Endors la vieille (1742 km)

    Arrivé à la moitié du trajet, j’entre en Andorre (j’avais oublié son existence !). C’est un tout petit territoire de 468 kilomètres carrés seulement, enclavé entre la France et l’Espagne, avec une population majoritairement catalane.

    Le passage de la douane se fait sans aucune vérification. Un agent frontalier assis dans sa cabine semble trouver le temps long, mais aucun contrôle n’est demandé et je passe sans même mettre le pied au sol. La route m’amène rapidement à Andorre-la-Vieille (je trouve le jeu de mots délectable).

    C’est une ville dense, avec des rues qui sillonnent la vallée et les flancs de montagne limitrophes, créant une espèce de labyrinthe routier en trois dimensions où on ne sait jamais si on a pris la bonne direction. Il y a beaucoup de touristes et une activité urbaine quand même pas mal intense. L’hiver, il y a plein de stations de ski tout près et ça donne des airs de Mont-Tremblant. On voit que les dollars du tourisme travaillent fort ici : les infrastructures sont propres et bien entretenues !

    Mon premier choix d’hébergement, une auberge de jeunesse en plein cœur de la ville, ne fonctionne finalement pas, faute de stationnement à proximité. C’est plutôt contraignant de ne pas avoir accès aux valises de la moto, et encore plus de les traîner avec moi dans un dortoir. J’opte donc pour poursuivre mon chemin et sortir de la ville jusqu’au Camping Ferrosins.

    Un petit bijou niché au creux de la vallée d’Incles, où une brise fraîche descend des sommets. Ça me change des 30 °C que je subis depuis des jours ! J’y fais la rencontre d’un bonhomme catalan de 68 ans qui parle un franglais cassé et passe ses journées à jouer à une espèce de SimCity 2000 sur son portable. Il me raconte qu’il possédait exactement la même moto que moi avant, et nous discutons des différents itinéraires de la région. Il enchaîne les cigarettes pendant nos conversations, mais il est bien sympathique.

    Je profite de cette petite pause de deux jours pour faire une randonnée dans les montagnes avoisinantes : une montée de 1 h 45 indiquée comme plutôt facile, qui se termine à la Cabana Sorda à 2 313 mètres, un refuge au bord d’un réservoir d’eau. J’y rencontre mes voisins de campement, Andreo et Nuri, un couple catalan en vacances pour le week-end.

    À mon retour au camping, je vois sur une affiche l’annonce d’un festival de musique qui doit se tenir sur le site le soir même !

    L’événement en trois temps débute avec une prestation de Joan Pau Cumelles & Alex Bagària et leur style bluegrass dans un refuge à l’entrée du chemin, puis se déplace dans notre camping avec un groupe de six musiciens (Antònies Darkness) qui enchaînent les covers rock des années 90 en version folk catalane. Vraiment très bien ! Avec Nuri et Andreo, nous nous rendons ensuite vers la prestation finale au bout du chemin pour Sara Roy, une jeune étoile catalane montante de la région, qui m’endort de sa douce voix.

    La marche de quelques kilomètres entre chaque étape permet d’apprécier les vieilles maisons qui bordent la route. Elles ont un cachet incroyable !

    Et la dernière scène, dans le fond de la vallée, nous offre un lever de lune entre les sommets qui était assez unique. On se croyait sur une autre planète, tout en montagnes.

    Le lendemain, nous partons en « randonnée » (aka monter en autobus) pour aller voir le pont suspendu Tibetà de Canillo. Mais il fait 34 °C, alors je ne m’en plains pas. D’autant plus que je n’ai pas pu laisser mon gros manteau de cuir en sécurité, alors j’ai fait toute l’excursion avec celui-ci dans les bras et mes grosses bottes aux pieds.

    Inauguré tout juste en 2022, c’est le plus long pont du genre de toute l’Europe avec ses 600 mètres de longueur et 180 mètres de hauteur. Ça, c’est de la grosse construction ! C’est toujours comique de lire la terreur sur le visage des personnes qu’on croise et qui ont clairement le vertige. Nous avons même eu droit en primeur à une petite démonstration de saut en bungee à notre retour. À 1 875 mètres au-dessus de la vallée, cela donne tout un point d’observation !

    Notre parcours nous amène ensuite jusqu’au Roc del Quer, à 1 910 mètres d’altitude, qui offre un autre super point d’observation sur les vallées de Montaup et de la Valira d’Orient. À cet endroit se trouve La Ponderació (« La Pondération » ou « La Réflexion ») : la statue représente un homme assis pieds nus au bord de la passerelle, le corps détendu et le regard plongé dans le paysage. Une invitation à la méditation et au lâcher-prise face à l’immensité de la nature !

    C’est sur cette petite excursion ensoleillée que nous nous disons adieu, avant que je remonte en selle pour poursuivre mon itinéraire jusqu’à Perpignan et enfin rejoindre la mer pour me planter les pieds dans le sable !

    Du moins, c’est le plan…

  • Les Pyrénées infinies 🤯(1631 km)

    Les Pyrénées infinies 🤯(1631 km)

    Départ d’Hendaye

    En quittant Hendaye ce matin, j’étais tout fier de mon nouvel itinéraire de voyage. Un bon trois heures de planification la veille avait été nécessaire pour complètement chambouler mon trajet et retirer le Portugal comme première destination. C’était un peu irréaliste de faire le grand tour jusqu’au détroit de Gibraltar, considérant le temps que j’avais avant de remonter vers l’est en direction de la Pologne.

    J’ai donc quitté mon camping de tipis le mardi matin sous une météo déjà caniculaire (pour faire changement). Direction l’Espagne jusqu’à Bilbao pour aller voir les murs de titane du Guggenheim !

    Tout juste à la sortie de la ville, je m’arrête dans une station-service pour faire le plein, lorsqu’un homme à moto s’approche de moi. Cédric, avec sa petite Suzuki de 1997, avait quitté sa ville le long de la côte ce matin-là et se dirigeait vers la Méditerranée.

    Le plan du plan

    Son itinéraire était imprimé style « MapQuest » et fixé sur le guidon. Un trajet qui me semblait bien intéressant, alors j’ai décidé de me joindre à lui. Je surfe sur cette nouvelle vague et change à nouveau le plan !

    Je reviens donc sur mes pas et je retraverse en France pour aller plutôt vers l’est et atteindre le début des Pyrénées. Les routes y sont ultra-sinueuses, souvent très étroites, et nous enchaînons les virages en lacet vers les cols de montagne. Je me souviens bien des Balkans où je m’imaginais sur ce genre de route en moto, et maintenant j’y suis !

    Rouler en zigzag sur ces routes me fait penser à la descente de poudreuse fraîche en planche à neige l’hiver. C’est doux, fluide et on a l’impression de flotter. Le tout est agrémenté de paysages à couper le souffle à plus de 2 000 mètres, souvent en montagne, au bord des falaises. Les animaux dorment parfois littéralement au milieu de la route ou à l’intérieur des tunnels pour s’abriter du soleil : il faut être vigilant.

    Un coup de cœur particulier : le col d’Iraty. On se croyait sur une piste de VTT asphaltée au milieu de la montagne ! Il fallait zigzaguer entre la poussière, les crevasses et les bouses de vache. C’était une bonne école pour m’habituer aux plus de 330 kg que je fais sur la route avec la moto.

    Nous avons fait seulement 250 bornes (comme les Français disent) en quatre ou cinq heures tellement les routes sont tortueuses, mais c’étaient définitivement les plus beaux kilomètres que j’ai faits depuis mon départ de Normandie. Je me rends compte à quel point les routes en France sont plates et droites : plutôt endormantes sur de longues distances…

    Une autre belle escale : le col du Tourmalet. C’est un endroit assez emblématique, notamment pour son intégration au Tour de France. Nous faisons l’ascension à flanc de montagne et y croisons encore des centaines de cyclistes. Il faut être endurant pas possible pour enchaîner autant de dénivelé à vélo, je leur lève mon chapeau !

    La route est assez large pour dépasser facilement voitures et vélos sans trop risquer de s’écraser dans le ravin. La culture de l’inter-files en Europe rend la circulation à moto tellement plus facile et rapide, ça manque cruellement au Québec !

    Le trajet avec Cédric me fait réaliser que mon projet de moto-camping sauvage à 100 % tient plus ou moins la route. À rouler toute la journée à 30 °C dans mon épais manteau de cuir, disons que j’ai le goût assez intense d’une douche en fin de journée !

    L’option de s’arrêter pour la nuit dans un espace tente officiel en camping avec une douche n’est pas gratuite, mais disons que considérant les circonstances, c’est un must !

    Fun fact : La majorité des campings ici n’ont pas de papier toilette, ni de savon à mains, ni de sèche-mains, rien. Rares sont ceux qui offrent même une cuisine rudimentaire. Ça nous fait apprécier les campings « tout inclus » au Québec.

    Bye Bye Cédric

    Après deux jours à voyager ensemble, nous séparons nos routes, car Cédric doit être à destination, en bord de mer, d’ici deux jours et je n’ai pas envie de me taper autant de kilomètres en si peu de temps. Je prends toutefois soin de lui voler le reste de son itinéraire, qui ne m’a pas déçu jusqu’à maintenant !

    Le parcours des Pyrénées fait son chemin dans les montagnes et alterne continuellement entre la France et l’Espagne. J’ai dû traverser la frontière des dizaines de fois sans m’en rendre compte. J’en profite pour faire un arrêt à Sort, en Espagne, pour pratiquer mon espagnol avec la gentille dame du bureau de poste où je veux acheter des timbres. Je commence à prendre mes aises avec la culture européenne du « j’ai une moto, je me stationne où je veux » et me parque simplement en face du commerce sur le trottoir. Il semblerait que les policiers n’aiment pas mon choix de stationnement, mais la commis prend ma défense en rétorquant aux agents que j’en ai pour deux minutes seulement. Elle semble découragée de leur attitude et ça me rassure de ne pas passer la nuit en prison !

    En route vers Andorre !

  • En route vers le Portugal ! Ou pas… (945 km)

    En route vers le Portugal ! Ou pas… (945 km)

    Beaucoup kilomètres et de tests

    Les kilomètres de route s’additionnent. Je commence à prendre le rythme avec la tente, l’équipement, la route, bref, pour l’ensemble de mon périple à moto.

    Je trouve ce contexte intéressant : c’est un peu comme si on allait sur la Lune et qu’il fallait vraiment tout prévoir. C’est certain qu’il y a des épiceries et des magasins pour se dépanner un peu partout, mais on essaie de maximiser la préparation et d’éviter les achats en cours de route. Je réalise certains manques au fur et à mesure et je fais les achats nécessaires, mais ça reste minime. J’ai bien fait mes devoirs dans l’ensemble.

    C’est aussi plein d’occasions de tester sa débrouillardise et sa résilience. Comment mieux assembler les bagages, fixer l’équipement sur la moto, monter la tente sans avoir l’air d’un pingouin à chaque fois… La nécessité crée les moyens !

    Dans la forêt, si on perd un élastique, il faut trouver une nouvelle façon d’attacher les choses. Si on achète un nouvel objet, il faut lui trouver une place, et ainsi de suite. C’est un puzzle continu que mon côté TSA aime quand même pas mal !

    Premier reality check de voyage

    Après avoir roulé près de 1 000 km en beaucoup trop peu de temps, je ressens déjà la fatigue de la route. Il faut dire aussi que les routes de France jusque-là sont très plates et droites. Trèèèèès endormant en moto, même sur les autoroutes dont la limite est de 130 km/h !

    Je me projette un peu pour la suite et je vois les 3 000 km qui m’attendent pour réaliser l’étape du Portugal et de l’Espagne avant de remonter vers le nord. Ce n’est tout simplement pas réaliste. Je vais être soit sur la route, soit dans ma tente en train de dormir. Pas vraiment une façon de visiter…

    Je suis fatigué et j’ai les idées embrouillées, mais je comprends qu’il me faut changer mon plan. Je prends donc deux jours d’hébergement au bord de la mer. Quoi de mieux qu’une plage et l’océan pour avoir ce genre de réflexion ?

    Arrêt à Hendaye

    En arrivant à mon « auberge de jeunesse », je me retrouve dans un immense camping de vacanciers style « Camping Ste-Germaine ». Ouf, pas certain de mon choix… Mais l’emplacement se trouve assez reculé et isolé des roulottes. Il y a des tipis individuels pour 2 à 4 personnes et des dortoirs communs sous des tentes géantes. Il y a également un espace lounge très confortable avec plein de divans et de lampes dépareillées où on peut relaxer.

    J’y fais la rencontre de deux vacancières, Amandine et Emma, Belge et une Normande, qui ont réservé le mauvais camping pour deux jours (il y a quatre campings Aparra Surf Camp sur la côte, oups !) avant d’aller rejoindre leur groupe d’amis. Nous faisons quelques parties de 10 000 aux dés le soir et préparons des plans pour la plage le lendemain afin d’aller y prendre un cours de surf.

    J’en profite pour simplement me louer une planche et faire mon autodidacte sur les vagues. La dernière fois, c’était il y a plus de 10 ans à Cape Hatteras, en Caroline du Nord. Je m’en sors plutôt bien et je me lève sur ma planche à presque chaque vague. Il faut dire que le surf y est très accessible : les vagues sont petites, offrant quelques secondes seulement de glisse où on zigzague entre les enfants qui n’arrivent pas à se lever sur leur planche.

    C’est au final une très belle journée à me faire dorer les tatouages au soleil et à me remettre les idées en place. Je fais face à la réalité : mon plan du Portugal doit sauter. Je ne vais faire que de la route et encore de la route avec pour seul objectif d’arriver, sans profiter. C’est tout l’inverse de ce que je recherche.

    Nouveau plan : fuck le Portugal ! Je vais aller jusqu’à Bilbao pour voir le musée Guggenheim, faire du camping sauvage, puis revenir par le sud-est à travers les montagnes d’Andorre, avant de remonter vers la région de Toulouse où l’ami d’une amie m’offre le gîte. Je redéfinirai les prochains arrêts une fois rendu là-bas.

    C’est aussi le constat que je ne peux pas faire uniquement du camping. C’est un peu trop exigeant en énergie et en manque de commodités. Surtout que les coins avec de l’eau (et gratuits) sont très rares, voire inexistants. Les auberges de jeunesse sont un bon endroit pour se recharger et rencontrer du monde. Je vais alterner davantage entre les deux.

    Ce petit séjour à Hendaye aura été des plus agréables et m’aura permis de monter un nouveau plan — ce qui risque d’arriver souvent dans les prochains jours, j’ai l’impression !

    Hendaye
  • J’ai acheté une moto qui ne fonctionne pas

    J’ai acheté une moto qui ne fonctionne pas

    Ça fait un petit moment que je suis revenu chez Aurore à le Cercueil, en Normandie. Je me questionne sur la suite de mon voyage. Où aller ? Mais surtout, comment ?

    Initialement, j’avais dans l’idée d’acheter un petit véhicule cargo et de le convertir en campervan, mais le coût d’acquisition et de conversion, le taux de change, le prix de l’essence et le temps requis m’ont fait changer d’idée.

    Pourquoi pas en moto ?

    La moto est ultra populaire en France et en Europe globalement. Pas trop chère, ça passe partout et ça coûte beaucoup moins cher à rouler. Je débute donc mes recherches sur Leboncoin, une espèce de Facebook Marketplace en France. Je cible environ huit motos potentielles, principalement des V-Strom et des Transalp, bien reconnues pour le genre de voyage que je veux faire.

    J’en trouve une très intéressante dans mon budget à Rouen, à deux heures de route du Cercueil. Une Suzuki V-Strom 650 2015. Malgré ses 114 000 km au compteur, elle est déjà tout équipée : coffres, chargeurs USB, bulle et poignées chauffantes.

    Le désarroi

    Nous faisons la route, Aurore et moi, pour aller l’essayer avec la ferme intention que je l’achète. Pendant l’essai routier avec le propriétaire au guidon et moi comme passager, le moteur s’arrête net et ne démarre plus…

    Nous descendons la pente par gravité jusqu’à chez lui et je repars bredouille, assez déçu de devoir tout recommencer.

    Quatre heures de route pour ça… Au moins, c’est arrivé au moment de l’achat et non à mi-chemin du retour. Ça m’aura au moins permis de visiter Rouen !

    Visite de Rouen

    Nous faisons une visite rapide de la ville historique où Jeanne d’Arc a été brûlée vive. Faut pas manquer les classiques de la saga religieuse du « plus meilleur » dieu ! Je dois dire que l’église Sainte-Jeanne-d’Arc est quand même très hot, avec ses courbes en bois et sa forme peu « orthodoxe » (pun intended).

    La rue du Gros-Horloge nous fait passer sous… le Gros-Horloge, qui est assez unique en soi. Son mécanisme date de 1389 ! Adossée à un beffroi gothique, l’horloge n’a qu’une seule aiguille et affiche également les phases de la Lune et les jours de la semaine. Elle a survécu à deux guerres mondiales et à d’innombrables conflits historiques.

    La rue se termine devant la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption de Rouen, avec sa façade asymétrique monumentale et sa flèche en fonte culminant à 151 mètres — la plus haute de France. Construite principalement entre le XIIe et le XVIe siècle, elle abrite les sépultures des ducs de Normandie, dont le cœur de Richard Cœur de Lion. Elle arbore aussi une grosse fissure du dôme et un filet. Au cas où…

    Dernier attrait très intéressant est le Dispatchwork. Initiée par l’artiste allemand Jan Vormann dans le cadre du festival Rouen Impressionnée, l’intervention a consisté à combler les fissures et les cicatrices du bâtiment avec des briques Lego multicolores fournies par des enfants de la ville. On voit ici la façade du Palais de Justice, où les pièces plastiques colorées sont venues sceller les impacts d’obus et d’éclats de bombes hérités de la Seconde Guerre mondiale.

    Finalement, pour noyer ma peine de « gars pas d’moto », nous faisons un arrêt au Quartier libre. Situé dans le quartier Saint-Sever, c’est un tiers-lieu écoresponsable et culturel aménagé sur une ancienne friche urbaine. Conçu comme un espace de vie hybride, on y trouve des buvettes, des restaurants, des conteneurs maritimes, des plantes et même un salon de coiffure dans une roulotte. Ça avait des airs de Montréal !

    Nous reprenons finalement la route, sans manquer de nous perdre une énième fois dans les rues de Rouen et son réseau routier pas évident du tout.

    La cerise du Québec

    En revenant au Cercueil, je reçois une communication de la SAAQ m’informant que mon permis de conduire va être suspendu dans deux semaines à cause d’une amende impayée.

    Ça va bien, quoi !

    La charrue en avant des bœufs

    Très confiant dans mon projet, je n’ai pas encore de moto, mais j’achète la majeure partie de mon équipement de camping et de conduite : tente, matelas, sac de couchage, réchaud, gants, bottes, manteau, etc. J’ai toujours surfé sur l’équipement de camping des autres, il fallait bien que je vienne en Europe pour m’équiper en grand… et ne pas pouvoir le rapporter, haha !

    J’ai hâte de voir aussi si tout ça peut être installé sur une moto… Bah, on traversera le pont quand on sera rendus !

    Rouen, prise 2

    Finalement, le deal de Rouen n’est pas totalement perdu ! Le mécano du vendeur n’avait aucune disponibilité avant deux semaines minimum. Il m’offre alors la moto à moitié prix, considérant que je devrai venir la chercher avec une remorque et la réparer moi-même.

    Je prends le pari de pouvoir la remettre en marche à temps ; j’ai du temps, mais pas d’argent ! Je complète donc mes achats de camping avec des outils et des pièces de rechange…

    Petite parenthèse financière

    C’est toute une entreprise que de rassembler un tel montant en euros quand tes fonds sont verrouillés en dollars canadiens.

    Je voulais initialement payer comptant, mais les frais des banques étaient dérisoires seulement en apparence : elles ajoutaient près de 10 % sur le taux du marché, en plus des frais de transaction. J’ai donc fait un mix de virements en ligne avec Remitbee et Wealthsimple. La transaction s’est confirmée très tardivement, de sorte que les fonds affichaient une date de dépôt trois jours plus tard que le dimanche de la récupération ! Je stressais un peu… D’autant plus que les paiements devaient être envoyés d’avance (avant que j’aie la moto) pour m’assurer que le vendeur ait son argent au moment où l’on prendrait la route. J’ignorais si l’argent allait arriver à destination à temps, et dans les mains d’un inconnu à deux heures de route de là…

    Finalement, le dimanche matin, tous les fonds ont été reçus du côté du vendeur. Fiou !

    Le père d’Aurore, Alain, et moi-même quittons donc le dimanche matin vers Rouen avec la remorque pour aller récupérer la bête. L’opération de déroule sans trop de problèmes et je peux démarrer mon investigation sur le problème électrique l’après-midi même… Le gros point d’interrogation approche.

    La réparation…

    Après avoir retiré quelques pièces pour exposer le câblage, je ne trouve rien d’anormal… C’est à ce moment qu’on arrive à ce fameux point où, avec plein de morceaux démontés au sol, on se demande : « Mais qu’est-ce que je fais là ? Je ne serai jamais capable de trouver le problème et de le réparer… ».

    Puis, une fois ce premier creux atteint, on poursuit l’investigation. Mes premiers tests pour isoler la panne ne donnant rien, je passe à la force brute ! On remplace le fusible de 10 ampères par un de 30. Il tient le coup et la moto démarre. Je scrute attentivement toutes les sections de la moto pour voir où l’incendie va démarrer dans le filage (oui, c’est une vraie technique officielle, je pense !). Après une minute, je vois finalement de la fumée monter à l’arrière, sur le côté gauche.

    Eurêka !

    Je coupe le contact et retire la protection en plastique pour exposer un fil plein de vert-de-gris qui s’était sectionné par friction sur le châssis. Une petite soudure et hop : on remonte le tout, on installe un nouveau fusible de 10 ampères et on met le contact… La moto démarre ! Il n’aura fallu que deux heures pour trouver et réparer le bobo. Plus de 900 euros d’économies pour quelques minutes de travail. Un bon taux horaire, ça !

    Les 12 travaux d’Astérix

    En parallèle de tout ça, je débute mon chemin de croix pour me permettre de rouler légalement. Laissez-moi vous dire qu’acheter, immatriculer et assurer un véhicule en France pour un Canadien, ce n’est pas évident.

    Après avoir communiqué avec cinq assureurs différents, j’en trouve finalement un qui accepte de m’assurer : la MAIF. Yes ! Le prix est malgré tout correct et j’en suis agréablement surpris.

    J’évalue ensuite comment faire le transfert d’immatriculation. Il existe en France le service en ligne de l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS). À peu près l’équivalent de notre SAAQ Clic, moins le milliard en trop dépensé pour le créer. Mais pour l’utiliser, il faut une carte d’identité française. Cul-de-sac.

    Il existe aussi des services semi-privés pour aider aux transferts d’immatriculation. Pour 30 euros, tu donnes les informations et ils s’occupent de la paperasse. Je vais me renseigner dans une succursale, et je dérangeais clairement la gentille madame qui me répondait bêtement dans son jargon technique français, avec un air découragé devant le fait que je ne comprenais pas tout ce qu’elle me disait. Je pense qu’on va laisser faire, madame…

    L’option qui fonctionne au final est d’utiliser le compte d’Aurore à titre de mandataire qui jure sur l’honneur (oui, c’est bien la case à cocher sur le formulaire) pour faire la transaction et mettre le véhicule à mon nom. Après quelques bugs informatiques et humains, ça fonctionne enfin ! La moto est achetée, assurée et immatriculée !

    Mais je n’ai pas encore les papiers physiques, parce que pour ça, ils sont encore au XXe siècle avec des papiers officiels envoyés par la poste. D’ailleurs, fun fact : les Français ne paient leur permis de conduire qu’une seule fois dans leur vie et il n’est jamais à renouveler. Le père d’Aurore, qui approche les 70 ans, a moins de 20 ans sur son permis… Il est rendu fin comme du papier de soie !

    Le Tetris

    Le dernier puzzle, et non le moindre, est de faire mes bagages pour repartir de Bayeux. Pour revenir au Cercueil, cela me permet de faire un premier test de 90 minutes en roulant à moto avec la moitié du poids attendu. C’est déjà incroyablement lourd, avec un centre de gravité très haut. Tellement haut qu’avant même de partir, en ajustant mon support de téléphone, je débalance la moto d’un demi-degré et BAM ! Je la sacre à terre. Zéro kilomètre au voyage et déjà la bête sur le côté. Ça commence bien.

    Une fois arrivé au Cercueil, je commence à organiser mes bagages. J’ai trois valises rigides de moto d’environ 50 litres chacune, dans lesquelles je dois mettre tout l’équipement de camping (incluant tente, sac de couchage, réchaud, cartouche de gaz, nourriture), mes vêtements, les outils, les pièces de rechange… Bref, beaucoup trop de stock pour l’espace disponible, sans compter le poids que ça va rajouter. Et par-dessus tout ça, je dois laisser assez d’espace pour accueillir une autre personne sur la moto en cours de route. Je n’ai aucune idée de comment je vais arriver à faire ça : ça semble être un Tetris impossible…

    Finalement, après avoir pleuré en boule dans un coin, je fais quelques sacrifices d’outils et de vêtements et je réussis à me faire un kit raisonnable avec un peu de tout.

    Le grand départ !

    J’installe mon super Tetris sur la moto. J’ai au total 250 litres de bagages et l’ensemble fait un peu plus de 330 kg sur la route (c’est près de 730 livres ça pour les amis canadiens bilingues). Un vrai petit tank qui ne demande qu’à tomber à nouveau sur le côté. C’est étonnamment plus stable que ce à quoi je m’attendais et la tenue de route est très bonne. Tant que tu roules.

    Le vendredi de mon départ, le thermomètre indique 45 degrés. J’ai des bonnes idées comme ça.

    J’ai toutefois une belle surprise dans la boîte aux lettres le matin même : mon immatriculation papier, ainsi que mon certificat d’assurance. C’est ce qu’on appelle de la dernière minute, mais j’ai toute la paperasse en main maintenant ! Encore du bon karma 🙂

    Cap sur Nantes pour tester mon setup de camping et mon autonomie d’essence. Première nuit où je prends la flotte dans la tente avec une pluie surprise (la première que je vois depuis des semaines) à 4 heures du matin, et où le système d’alarme du voisin tourne toute la nuit jusqu’à mon départ le lendemain matin. La totale, quoi ! 👌

    … Et j’ai laissé mes bottes dehors durant la nuit…

    Avec une demi-nuit de sommeil, j’attaque les rues du centre-ville de Nantes où je m’exerce à la remontée inter-files en moto. C’est quand même très pratique de pouvoir faire ça ici, mais c’est une adaptation de plus avec les gros coffres latéraux sur la moto. Je pense que la dame qui tournait à gauche et que j’ai dépassée par la droite n’a pas apprécié quand je lui ai frotté le pare-chocs avec ma sacoche. Mais bon, c’est de l’adaptation !

    Deuxième nuit : je m’arrête dans le petit village de Fenioux où il y a une aire publique municipale gratuite avec un espace pour planter ma tente. Je vais découvrir assez vite que ces espaces « sauvages » ont un succès très aléatoire…

    L’endroit était tout de même parfait pour passer la nuit et, après quelque temps à cuire dans mon manteau de cuir, je ne me suis pas gêné pour trafiquer la borne d’eau du bâtiment municipal et prendre une douche d’eau froide entre deux conteneurs à déchets. C’est dans ces moments-là qu’on réalise les petits bonheurs de la vie, comme simplement pouvoir se laver…

    La suite du trajet et des déboires à venir…

  • Genève, Genève, Genève…

    Genève, Genève, Genève…

    OK, celle-ci va être plutôt longue, je crois.

    J’étais curieux de voir la Suisse et ses montagnes, et ça adonnait qu’une amie avait besoin d’un gardien pour son chat, Walter, pendant son séjour au Canada.

    Trois semaines d’hébergement à Genève, c’est quand même un bon deal ! Alors voici un peu ce qu’a été ma vie là-bas durant ces quelques semaines…

    CHF VS CAD

    Genève me rappelle à quel point mes dollars canadiens me donnent autant de pouvoir d’achat qu’un enfant qui négocie des bonbons avec ses dollars Monopoly auprès de ses parents.

    La réalité économique est sur une autre planète ici. Il n’y a pas de salaire minimum géré par l’État à l’échelle nationale, mais à Genève, il est de 25 francs suisses (CHF), soit l’équivalent d’environ 42 $ CAD. Le salaire moyen, lui, est de 83 400 CHF, soit 143 876 $ CAD. Petit rappel : le salaire moyen au Québec est de 52 000 $ CAD… Tout coûte cher, mais les salaires suivent en conséquence ; donc quand tu résides ici, ça se perçoit à peine. Inutile de dire que mon séjour ici ne sera pas gastronomique, mais plutôt rythmé par le vélo et les randonnées !

    Heureusement, la seule chose qui ne coûte rien ici, c’est la bière à 50 sous la grosse canette !

    J’ai développé une tendance chronique à manquer les transports en commun. Le réseau est réglé comme une horloge… suisse. Je ne suis pas habitué à autant d’efficacité avec les réseaux du Québec, encore moins depuis que je vis en campagne ! Il y a une expression ici qui dit : « Si le train quitte avec une minute de plus sur l’horaire, il est en retard. Une minute de moins, il est en avance. » Tu as intérêt à être là pour 10 h 13 si ton départ indique 10 h 13 !

    Maison Tavel

    Ma première excursion urbaine est la visite de la Maison Tavel. Il s’agit de la plus vieille demeure de Genève, qui ne fait pourtant pas ses 1 000 ans. L’édifice, en plein cœur de la ville, est rempli de petits recoins et de pièces immenses. On ne sait plus trop ce qui a été rebâti depuis l’incendie du XIVe siècle, mais ça craque partout et ça sent comme chez mes grands-parents quand j’étais petit.

    Une salle au sous-sol présente au mur d’énormes pesées qui étaient utilisées pour calibrer les balances commerciales. Impossible de résister à l’envie d’en soulever une. Il n’en a pas fallu plus pour réveiller le « gardien » de sécurité, qui semblait trouver la journée longue sur sa chaise. Une visite gratuite et très intéressante, au final !

    La ville

    Le réseau de transports publics à Genève, pour le peu que je puisse comparer avec d’autres villes européennes, est très, très efficace. On peut se rendre pas mal n’importe où, tant dans le centre-ville que dans les petits villages environnants, sans aucun problème.

    Les rues sont plutôt difficiles à apprivoiser à vélo. Elles zigzaguent dans tous les sens et les rails de tramway font exactement la largeur de ma roue… Quelques « close calls » en souvenir ! Les nombreux panneaux de signalisation m’étaient tout simplement incompréhensibles, malgré une première expérience en France. Disons que j’étais assez dépendant de Google Maps et que je consultais ma boîte noire tous les trois coins de rue pour me rendre compte que je n’avais pas pris la bonne direction.

    Je suis assez fier de mes épiceries à vélo et des 50 livres de bouffe que je réussis à rapporter dans mon sac à dos. Disons que j’étais sur la plus petite vitesse au retour !

    Impossible de venir en Suisse sans visiter le fameux Jet d’eau de Genève : impressionnant, avec son eau qui jaillit à 200 km/h, et particulièrement rafraîchissant ! J’y suis allé vers 20 h – 20 h 30. Il faisait encore une chaleur caniculaire, mais il y a plein d’endroits tout le long de la berge, en pleine ville, où les gens peuvent aller se baigner. C’est un peu surréaliste, car pour moi, ville égale eau trouble et dégueulasse. Mais là, tout le monde peut y aller avant d’aller travailler ou au retour le soir. Peu importe l’heure, l’eau est toujours très accessible et baignable. C’est quand même un beau cadeau qu’ils se sont fait !

    Il y a d’ailleurs des villes comme Berne où les gens rentrent chez eux par la rivière après le travail. Les garagistes, les banquiers, les enseignants… allez hop, tout le monde en maillot dans l’eau ! C’est quand même assez unique.

    Il y a aussi plein d’endroits le long des berges où des structures sont aménagées pour faciliter l’accès à l’eau et la baignade.

    Le Rhône, wow…

    Le Rhône naît dans les Alpes suisses et se jette dans la mer Méditerranée, en France, sur un parcours total de 812 kilomètres.

    Arrivé au point de « La Jonction », où le Rhône et l’Arve se rejoignent, il y a toujours une foule qui prend des bains de soleil sur l’heure du dîner ou après le travail. C’est là que j’ai fait la rencontre d’un (rare) Suisse sympathique, Fasio, qui porte des dreadlocks depuis 24 ans et qui lui arrivent maintenant aux mollets. Très impressionnant !

    C’est justement près de là qu’il est possible d’embarquer sur le fleuve, à la sortie du lac Léman, pour se laisser dériver tranquillement sur ses eaux turquoise. Il y a un gros rassemblement ce samedi et des dizaines d’embarcations vont se lancer à l’eau.

    Il y a quelques bâtiments qui ont été transformés en œuvres d’art au bord de l’eau, le long de la rive.

    En poursuivant la descente, on croise quelques « pousseurs » qui… poussent des barges sur le fleuve.

    C’est d’ailleurs là que je rencontre Heidi et son chien Bowie (comme David !), qui profitent de l’eau avant le travail. Après avoir discuté un peu, ils se joignent à moi pour poursuivre la dérive.

    Le trajet tire à sa fin et nous faisons des plans pour une balade à l’extérieur de la ville le lendemain.

    Lac de Joux

    Tôt le lendemain matin, je rejoins Heidi pour partir en randonnée. Une belle surprise : on va rouler en Jimny ! Je trouvais ce véhicule très hot en Islande (il y en avait plein) et là, je suis dedans ! Il manque au Québec, ce véhicule, il y serait parfait.

    Notre randonnée va longer le lac de Joux, dans le village du Pont, voisin du village Le Lieu… Décidément, les noms sont descriptifs !

    Le sentier est plutôt facile et alterne entre la forêt et le bord du lac. Nous croisons une famille de cerfs qui sont visiblement aussi curieux que le chien sur leur existence mutuelle.

    Il fait une chaleur assez écrasante à notre arrivée au point de baignade. Bowie et sa quête constante d’eau nous guident jusqu’au bord de la falaise pour nous rafraîchir.

    Au bout du parcours, nous passons dans le « centre-ville » du Lieu (qui est le nom du village, juste pour vous le rappeler) pour remplir nos gourdes d’eau et dénicher un truc à manger. Nous achetons deux bières artisanales dans une petite épicerie-boulangerie qui, sur le point de fermer, nous offre gracieusement une tarte invendue. Un cadeau parfait pour faire le plein de glucides !

    Une fois reposés, nous reprenons l’autobus jusqu’à notre point de départ (oui, il y a vraiment des bus partout). Autre belle surprise : les chiens sont acceptés dans les transports publics. Bowie ne s’en est pas plaint.

    Pour le retour, j’ai le plaisir de conduire le Jimny jusqu’à Genève. J’ai l’impression de piloter un véhicule militaire moderne. Tout est carré, mais efficace ! Nous prenons les petites routes de montagne en évitant soigneusement les autoroutes.

    50 km de vélo jusqu’à Yvoire

    J’avais dans l’idée de faire le tour du lac Léman à vélo : un parcours d’environ 200 km. Je suis du genre à me lancer dans le vide et me demander après si c’était une bonne idée, mais je me suis dit qu’un bon test d’à-propos serait une visite au château médiéval d’Yvoire, avec un petit 50 km à parcourir.

    Bâti en 1306, ce château a été conçu comme une citadelle militaire stratégique pour contrôler la navigation entre Genève et le Valais. Incendiée et partiellement démantelée lors des conflits du XVIe siècle, la cité est redevenue une espèce de trou dont personne ne se souciait. Sous l’impulsion de ses habitants et des propriétaires du château, le village opère dès les années 1950 une métamorphose pour sortir de son déclin de simple bourg de pêcheurs. Afin de redorer l’image de la ville et d’attirer les visiteurs, une démarche collective transforme le centre historique : les devantures des commerces, les façades en pierre et les ruelles pavées sont abondamment végétalisées et garnies de fleurs. Le château a été partiellement restauré, mais on ne peut pas y entrer. L’attraction principale est le célèbre Jardin des Cinq Sens, mais à 20 euros pour se promener dans un petit jardin de cour arrière, je vais passer.

    Ça reste ma plus grande ride de vélo à ce jour. Je sens que demain, je vais avoir mal aux jambes et au cul ! Surtout que cette sortie m’a permis de réaliser que le vélo était trop grand pour moi. Ça reste quand même une belle balade le long du lac Léman. Comme un peu partout en Suisse, c’est aussi agréable de ne pas avoir à traîner d’eau avec soi, car il y a des sources partout.

    Randonnée aux Rochers de Naye

    Après quelques jours, je traverse à nouveau de l’autre côté du lac Léman, en train cette fois, pour une randonnée au sommet des Rochers de Naye via la route du Terravet.

    Il faut prendre un deuxième petit train pour la montée jusqu’au village de Caux, où la randonnée débute. Le train est aussi bruyant qu’une laveuse à linge à laquelle on refuserait un nouveau bearing. Ça me fait mal aux oreilles en montant dans les tunnels ! Au moins, la vue sur le lac et les montagnes est toujours aussi époustouflante. Il y a plein de petites maisons qui ont élu domicile sur les pentes escarpées bordant la voie ferrée. Elles ont une vue assez incroyable sur le lac, les montagnes et le coucher de soleil à l’ouest. Ça doit être quelque chose de vivre dans cette « banalité ».

    Arrivé à une station intermédiaire, je comprends mieux d’où vient ce bruit : nous montons littéralement sur un rail dentelé, comme des montagnes russes. C’est probablement une bonne chose, vu l’inclinaison très importante de notre ascension !

    J’ai un peu mal calculé mon horaire de départ et le trajet, ce qui fait que je débute ma randonnée à 11 h… Il fait déjà près de 30 °C ! 😬

    Pour la version vidéo, voir l’autre article « Escale au Rocher de la Haye« 

    Visite du CERN

    Un peu comme pour le musée Giger à Gruyères, j’allume tout à coup que je me trouve à Genève, là où se situe le plus grand accélérateur de particules au monde — un sujet sur lequel j’ai tellement lu depuis des années ! Je peux enfin le voir de mes propres yeux (ou presque).

    C’est un déplacement d’à peine 15 minutes pour me rendre sur le site, et en plus, la visite est gratuite !

    En attendant le guide, je me promène dans les différentes ailes où sont exposés plusieurs artefacts, notamment l’un des ordinateurs utilisés par Tim Berners-Lee et Robert Cailliau pour créer le World Wide Web en 1989.

    On y découvre aussi des œuvres d’art liées à la science, comme la sculpture cinétique Round About Four Dimensions de Julius von Bismarck et Benjamin Maus. C’est une représentation tridimensionnelle en mouvement d’un hypercube à quatre dimensions (un tesseract), conçue pour illustrer visuellement des concepts physiques qui dépassent notre perception spatiale.

    Et aussi, une autre que j’ai bien aimée : Chroma VII, créée en 2023 par l’artiste sud-coréen Yunchul Kim pour l’exposition Exploring the Unknown du CERN Science Gateway. C’est une installation cinétique de 15 mètres de long formée de 324 cellules articulées, enroulée en un nœud complexe animé par des microcontrôleurs et des reflets chromatiques.

    Durant la visite, nous découvrons aussi le site de Meyrin, où se trouvent les vestiges du Synchrocyclotron de 600 MeV (SC), le tout premier accélérateur de particules du CERN, mis en service en 1957. Après 33 ans d’utilisation, cet équipement pionnier a marqué le lancement officiel de la recherche européenne en physique nucléaire et subatomique.

    Je suis geek et je l’assume. Merci.

    #metoo au Ella-Fitzgerald

    Un autre truc intéressant à Genève durant mon séjour, c’étaient les spectacles gratuits au parc Ella-Fitzgerald. Le premier était celui d’ADG7, un groupe de folk-pop coréen qui swinguait pas mal !

    Le week-end suivant avait lieu la prestation de Boko Yout : une espèce de rock alternatif assez saccadé, mais très énergique, surtout avec la présence de Paul Adama qui se dandine les fesses partout ! La foule attendant sur le parterre, je suis allé me planter tout de suite contre la clôture pour avoir la meilleure place.

    Ce dernier étant très ouvertement homosexuel (encore plus sur scène), le public était un peu dans le même genre, disons. Et il y avait quelques spécimens particuliers… Notamment un jeune qui se donnait la réplique très fort à lui-même ou qui participait à des conversations où il n’était pas inclus, avec des gens pas du tout près de lui. On ne pouvait pas le rater et c’était un brin dérangeant, mais je n’en ai pas fait de cas, me doutant qu’il était peut-être un peu challenged.

    Bien tranquille contre la clôture à attendre le début, je sens alors une pression sur ma cuisse. Mon sens spatial me confirme qu’avec la densité de personnes autour de moi, il n’y a aucune raison d’avoir quelqu’un dans ma bulle personnelle comme ça. Je me retourne : ladite personne dérangeante est à 10 centimètres de moi, en train de me frotter son érection sur la cuisse, l’air de rien. Je le dévisage et il se recule en disant simplement « Oh, pardon ». Tellement surpris par la scène, je ne sais pas trop comment réagir. Je le punche ? Peut-être un peu trop intense. Je l’engueule ? À quoi bon. Je laisse passer et ça se termine là.

    Finalement, le spectacle de Boko Yout débute et Paul, un chanteur assez imposant, commence à se rouler partout et à faire la ballerine hardcore. Il y met tout son cœur et transpire comme jamais. Je ne croyais pas que c’était possible de transpirer autant et de rester en vie ! Après seulement deux chansons, il n’avait plus un seul morceau de vêtement sec. De quoi faire pâlir de jalousie un pilote de Formule 1.

    Texte corrigé

    Le fameux personnage du début était toujours aussi audible et répondait à tous les commentaires ou mimiques du chanteur à qui voulait bien l’entendre. C’est le genre de personne que tu as envie de puncher dans la gorge pendant un show ; le genre qui s’assoit à l’avant dans un spectacle d’humoriste pour donner la réplique aux blagues. Mais bon, ce n’est pas mon premier rodéo et je me concentre sur le groupe.

    À la troisième chanson, qu’est-ce que je sens à nouveau derrière ma cuisse ? Je me retourne : M. Torpille était en pleine récidive et me sert une fois de plus son naïf « Oh, pardon ! ». Je l’ai envoyé valser dans la foule cette fois, et il a compris le message.

    Cette situation a été un peu mon moment #metoo. Il avait beau être simple d’esprit, je me sentais agressé de me faire poinçonner par un dick non sollicité. Cela m’a fait prendre conscience de ce que les femmes vivent au quotidien. Dans les transports en commun, les parcs, les bars ou les écoles, j’ai tellement souvent entendu ce genre d’histoires de la part de mes amies… Je comprends un peu mieux cette pression maintenant.

    Spectacle terminé, tout le monde se casse, car les Genevois sont sages. Je reprends la direction de la sortie avec mon vélo, pour me heurter à une clôture fermée. Puis une autre, et une autre. Ils ont complètement fermé le parc pour ne laisser qu’une seule sortie, très loin de la scène. Pas terrible comme logistique quand il y a une foule qui veut quitter les lieux.

    Mais les bizarres ne s’arrêtent pas là !

    J’attends à une lumière rouge et un autre cycliste s’arrête à côté de moi. Il est en grande conversation avec lui-même et se lance dans des exclamations sur toutes les banalités qu’il observe, comme le fait qu’on ne peut pas traverser sur le feu rouge, que le feu est de couleur rouge, et d’autres trucs qui m’ont échappé. Il était très enthousiasmé par tout ça.

    Est-ce que Genève est toujours comme ça ? Seulement le vendredi soir ? Je ne le saurai peut-être jamais, c’est un mystère qui plane.

    Soirée malaise « Parlez français »

    Pour rencontrer des gens du coin, je me suis inscrit à un événement « Parlez français » où une dizaine de personnes se réunissent pour pratiquer leur français. Notre animateur, Rodrigo, distribue des questions à tout le monde pour lancer des sujets de conversation. Nous devons lire la question et y répondre devant le groupe. Ma question : « À quand remonte la dernière fois que vous avez menti et pourquoi ? ». Je ne savais pas trop quoi répondre (parce que je dis toujours la vérité), alors les fils se sont touchés dans ma tête.

    « En fait, j’ai deux mensonges à partager. » J’ai alors inventé une histoire où je gardais le chat d’une amie et où, après que l’animal s’est enfui à jamais, j’en ai trouvé un identique dans une animalerie pour le remplacer sans que personne s’en rende compte. L’auditoire était sidéré d’avoir un tel monstre à sa table ! On m’a inondé de questions supplémentaires et j’ai sorti mes patins pour tenter de me rendre à mon deuxième mensonge : « Mon deuxième mensonge : j’ai un jour assisté à un événement « Parlez français » où j’ai raconté un gros mensonge au sujet d’un chat perdu et remplacé. » Personne, mais absolument personne n’a compris ma blague. J’ai eu droit à des yeux de chevreuil dans les phares.

    Finalement, le mot de la fin avant de quitter la Suisse : les chips au paprika, ça ne goûte rien.

  • Escale au Rocher de la Haye

    Escale au Rocher de la Haye

    Je viens d’arriver à Genève ! Je prends le temps de me poser dans mes nouveaux quartiers près du parc Trembley (oui, avec un « e ») et de me perdre un peu (souvent) à vélo dans Genève.

    Mais avant, un petit intermède de voyage, sous une mouture un peu différente en format vidéo. Donc moins de texte, plus de scènes avec ma randonnée au Rocher de la Haye, de l’autre côté du lac Lehman.

    Pour les curieux :

    Surplombant Montreux et le lac Léman, les Rochers de Naye (souvent retranscrits à l’oreille sous la forme « Rocher de la Haye ») constituent un massif spectaculaire des Alpes vaudoises culminant à 2 042 mètres d’altitude. Accessible depuis les rives du lac grâce à un pittoresque train à crémaillère inauguré en 1892, le sommet offre l’un des plus impressionnants panoramas de Suisse, embrassant l’arc lémanique dans toute sa longueur jusqu’au massif du Mont-Blanc. Outre ses belvédères vertigineux et ses restaurants nichés à flanc de falaise, ce balcon naturel est réputé pour ses parcours de randonnée, ses parcs à marmottes et son jardin alpin, La Rambertia, qui abrite plus d’un millier de plantes de montagne.

  • Art, bouffe, punk et baignade

    Art, bouffe, punk et baignade

    Je me déplace vers le village voisin, Pont-en-Ogoz, pour retrouver d’autres amis d’amis : Zoé et Sérafin. J’y reçois à nouveau un accueil incroyable et m’y sens rapidement très bien.

    Petite balade en voiture pour me montrer quelques points d’intérêt du coin, et mes deux hôtes se donnent pour mission de me faire goûter le « meilleur fromage de toute ma vie ». Je ne suis pas difficile à convaincre.

    On prend la journée pour aller à Estavayer, où se tient le festival « Artifood » qui mêle, sans surprise, l’art et la bouffe.

    Le site offre plusieurs kiosques de nourriture et d’artisanat, ainsi que des expositions de peinture.

    La place est également parsemée d’œuvres orphelines originales.

    En cherchant un truc à manger, je tombe sur un petit stand nommé « Le P’tit Québec » qui propose des poutines à son menu. Étonnamment, durant les quelques minutes où j’ai observé les clients, pas un seul n’en a commandé. Il faut croire que cette spécialité est boudée par les Suisses. À 18 CHF, soit 31 $ canadiens pour une simple petite poutine de festival, je me suis contenté de déguster des yeux !

    Plus loin, près de l’église, un jeu géant de « Qui suis-je ? » présentait des portraits de célébrités.

    Et mon coup de cœur : le jardin botanique mobile !

    Nous avons conclu notre soirée avec la prestation de Fire Cult, un groupe punk hispano-suisse (bon mix, ça !), qui n’était pas mal du tout.

    Après cette cuisante visite sous le soleil, nous partons pour le lac de Neuchâtel, histoire de nous rafraîchir un peu. Les locaux y trempent un orteil et trouvent l’eau froide, mais pour moi, c’est la température des lacs du Québec au milieu de l’été et je suis aux anges de pouvoir échapper à cette canicule persistante. On peut accéder à l’eau depuis une ancienne structure en évitant les clous rouillés. Au loin, un parc de wakeboard sur câble me donne des envies de folie, mais mon budget me rappelle aussi à l’ordre.

    Avant de rentrer à la maison, nous faisons un arrêt à la ferme d’un ami de Zoé et Sérafin, où leur cheval Vico est en pension. Celle-ci est tenue par Philippe, un ancien boucher, et possède plusieurs potagers, un jardin et des arbres fruitiers. Chats, chiens, poules et oies se promènent librement sur le terrain. C’est vraiment un petit paradis qu’il s’est créé ici. J’ai monopolisé Taïga, un labrador noir, pendant tout l’apéro ; il avait sa dose de gratouille et moi de zoothérapie canine.

    Comme tout bon cultivateur qui aime travailler la terre, il nous fait cadeau de « quelques légumes » pour notre repas du soir, soit l’équivalent de produits frais pour nourrir une famille de quatre pendant une semaine. Le don de soi !

    La Suisse, c’est beau, c’est propre, les gens vous disent bonjour (malgré une certaine tendance au repli culturel) et c’est tranquille. C’est sans doute l’endroit le plus relaxant que j’aie vu jusqu’à maintenant. Mais maudit qu’il y a des mouches avec toutes ces vaches !

    Ok bye pour Genève, je dois aller faire du baby-sitting de chat !

  • Gruyère de la grotte

    Gruyère de la grotte

    Un de mes fromages préférés au Québec est le gruyère de grotte, aussi bien en profiter pour aller visiter la fromagerie de ladite appellation qui se trouve dans la ville voisine !

    L’entrée comprend la visite du « musée » de la fromagerie, l’accès au château de Gruyères, ainsi que trois petites tranches de fromage. Considérant mon pouvoir d’achat en CAD, c’est un bon deal quand même.

    La visite de la fromagerie se fait avec un audioguide que tu tiens comme une grosse banane-téléphone en plastique. Le parcours est instructif, mais très court. On te fait longer deux petits murs exposant un peu d’histoire et de contexte, puis tu arrives dans une espèce d’atrium qui surplombe l’usine de production, où tu vois les employés s’afférer à l’ouvrage. Si on s’arme d’un peu de patience, on peut assister en direct à la fabrication des meules de fromage. C’est quand même intéressant à observer.

    L’espace d’entreposage peut contenir 1224 meules. À 1700 à 4500$ CAD la pièce, ça fait beaucoup d’or jaune ça.

    Fun fact : j’ai fait la visite avec un autobus complet de Québécois. On se sent momentanément moins dépaysé en retrouvant son slang natal.

    Le château de chaises musicales

    Je trouve que les châteaux se ressemblent un peu tous. On a vite fait le tour de ces belles grandes bâtisses de pierre. C’est très beau, mais c’est ça. Il n’en demeure pas moins que celui de Gruyères a son petit cachet. Érigé au XIIIe siècle, il a connu une succession mouvementée de propriétaires au fil du temps. Demeure de 19 comtes jusqu’à la faillite du dernier d’entre eux en 1554, la forteresse est alors saisie par l’État de Fribourg, qui y loge ses baillis puis ses préfets pendant près de trois siècles. Vendu au secteur privé en 1849, le château devient le repaire d’artistes romantiques sous la férule des familles Bovy et Balland, avant que le canton de Fribourg ne le rachète définitivement en 1938 pour le convertir en musée public. Les notaires ont dû faire du cash avec cette propriété, vu le nombre de fois où elle a changé de mains !

    Il faut d’abord passer par la basse-cour pour accéder au château. Un vieux village reconverti pour les besoins du tourisme, mais avec tout le cachet préservé. Il ne manquait que l’arbre original où on pendait les malfrats.

    À l’intérieur des murailles, la cour était splendide avec son grand parterre et ses galeries. Je crois toutefois avoir été plus marqué par l’un des visiteurs qui, visiblement très handicapé par son embonpoint, semblait respirer à travers une paille McDonald’s et émettait un son strident, comme s’il venait de courir deux marathons. C’était un peu triste à voir et perturbant à entendre.

    Encore un peu d’extérieur…

    Une fois à l’intérieur, on se retrouve plongé dans toutes les mondanités typiques des châteaux de l’époque : beaucoup de fioritures et peu de confort, apparemment.

    J’ai toutefois pris quelques minutes pour m’asseoir tranquillement dans la salle des gardes, où ceux-ci entreposaient leurs armes et mangeaient. Je m’imaginais la scène des siècles plus tôt, quand tout ce beau monde circulait exactement sur ce même plancher où je me trouve. C’est quand même particulier à quel point la pierre permet aux choses de perdurer, physiquement et dans la mémoire collective.

  • Giger l’extraterrestre

    Giger l’extraterrestre

    Tout juste adjacent au château de Gruyères se trouve le musée H.R. Giger. Fasciné par la cité médiévale lors d’une exposition en 1990, l’artiste suisse, créateur du monstre d’Alien, achète le château Saint-Germain en 1997 pour y installer son œuvre. Inauguré en juin 1998, ce musée rassemble la plus grande collection permanente de ses créations biomécaniques, sculptures et décors de cinéma, agrémentée en 2003 par l’ouverture de son célèbre bar immersif.

    Avec Dalí, Giger est l’un de mes artistes préférés ; c’était donc un passage obligé (même si j’avais oublié qu’il était là à la base, oups !).

    Le musée s’étale sur trois étages et offre une dose concentrée de ses œuvres biomécaniques, toutes plus chargées de violence, de sexe et de douleur les unes que les autres.

    Sans surprise, ses créations en lien avec les films Alien occupent la majorité de l’espace.

    Par un heureux hasard, j’avais commencé à revoir les films de la franchise dans l’avion depuis le Canada, en partant de l’original de 1979. Ohhh que ce film a mal vieilli, haha ! Mais ça reste un classique de la science-fiction.

    Il y avait également une section « 18 ans et plus », masquée derrière une tenture de toile, où la pièce était baignée d’une lumière rouge diffuse. À l’intérieur se trouve toute une autre collection d’œuvres sanguinaires surréalistes, où la sodomie avec des objets piquants tient le premier rôle.

    Une copie du pied de micro du chanteur de Korn, Jonathan Davis, est également exposée. Le truc a l’air lourd durant les prestations du groupe ; j’aurais aimé pouvoir le tester, mais bon !

    Au dernier étage, la table du Baron Harkonnen, conçue en 1975 pour le projet d’adaptation avorté de Dune par Alejandro Jodorowsky, matérialise l’esthétique biomécanique caractéristique de H.R. Giger. L’ensemble fusionne éléments industriels et motifs squelettiques pour traduire visuellement la tyrannie et la cruauté de la dynastie Harkonnen (ceux qui ont vu le film vont comprendre !). En transformant des colonnes vertébrales et des crânes en mobilier fonctionnel, l’artiste dresse un memento mori moderne illustrant la réification de l’humain et sa déshumanisation par la technologie. Bref, c’est du mobilier très intense à regarder.

    La visite s’achève avec une petite bière au bar thématique juste à côté. Les voûtes ont la forme de colonnes vertébrales et de massifs bancs pivotants en béton meublent l’endroit. Complètement inconfortables, mais très beaux ! Il faut faire attention en se retournant une fois assis pour ne pas infliger une commotion cérébrale à son voisin avec le coin du dossier.