Changement de décor
La palette de couleurs change pas mal en passant des Balkans à la Suisse. Il y a encore plein de montagnes, mais elles sont bien vertes et couvertes de vaches avec leur GPS-cloche.

L’arrivée en Suisse, c’est le débarquement le plus rapide que j’aie jamais eu. Tant pour la sortie de l’avion que pour les contrôles de sécurité (qui sont inexistants, parce que tsé, les Suisses sont neutres). Ça a pris à peine 15 minutes entre le moment où je suis sorti de l’avion et celui où je me suis retrouvé à l’air libre. Je ne comprenais rien.
Mon corps était en train de se digérer lui-même en arrivant à l’aéroport de Genève. Je m’étais préparé à des prix élevés, alors je me suis dit qu’un bagel dans une grosse franchise comme Dunkin’ Donuts permettrait d’épargner un peu mon budget. 14 $ canadiens pour un bagel nature !
J’ai finalement déjeuné avec un sac de Doritos rapporté des Balkans.
Une chose que j’ai appréciée, toutefois, c’est de retrouver les bacs de recyclage. Ils étaient inexistants dans les Balkans et j’avais toujours un petit pincement au cœur à tout jeter sans distinction. J’ai pu mesurer le poids de toutes ces années de conditionnement.
J’embarque finalement dans mon train pour Genève. Je me laisse porter par les douces vibrations des rails face aux paysages lointains et m’endors, rattrapé par ma nuit passée sur le sol de Barcelone.

Bulle (oui, Bulle)
Un réseau franchement bien rodé de trains et d’autobus m’amène jusque chez mon hôte, Chantale, dans la petite ville de Bulle. Un accueil chaleureux m’attendait et on m’a offert un petit studio rien que pour moi. Parfait pour enfin décompresser un peu en ce début de voyage solo.
J’en profite pour me promener un peu dans les environs et faire quelques achats pour ma randonnée du lendemain vers le sommet du Vanil de l’Écri, à 2 375 mètres d’altitude.





La randonnée du Vanil de l’Écri n’est pas une ascension particulièrement technique, mais elle reste un peu physique tout de même. Il y a un petit camp de base à 1 635 mètres, tout juste avant la première grosse montée. Un « restaurant » modeste y est tenu par une poignée de bénévoles qui se tape la montée à pied avec tous les produits, simplement pour le plaisir de garder la cabane de Bounavaux bien en vie. Chapeau !




Nous débutons la montée, Odile et moi, en attaquant le sentier qui devient de plus en plus escarpé. Il faut dire que le système de cotation des sentiers est plutôt contre-intuitif : le bleu signifie « difficile » et le rouge, « moyen ». Il faut faire ses devoirs avant de se lancer sur un nouveau sentier !

Étonnamment, les vaches se promènent pas mal haut en montagne. Non seulement elles se gavent de verdure qui permet de produire le fromage suisse si réputé, mais elles jouent également un rôle dans la prévention des avalanches. En longeant les pentes, elles créent des terrassettes de piétinement ou Viehgangeln en allemand. Ces petits sentiers, à première vue banals, ajoutent du relief aux pentes, ce qui permet de réduire les risques d’avalanche en hiver.


Tout juste avant d’atteindre le sommet, nous avons droit à une rencontre fortuite. Un troupeau de bouquetins paît paisiblement et s’approche de nous pour se laisser prendre en photo. Selon les locaux, c’est une occasion plutôt rare !

Mon premier sommet suisse enfin atteint, la vue est quand même solide ! Je n’ai jamais vu d’endroits aussi époustouflants au Québec, je dois l’admettre. Du vert et du bleu éclatants à perte de vue.



On regarde le monde de haut, mais une fois au sommet, il n’y a plus que vers le bas qu’on peut aller.
La descente est toujours un peu tough sur les genoux, mais heureusement, nous faisons une pause à Bounavaux pour prendre une bonne soupe et un Rivella (une boisson gazeuse à base de petit-lait ; ça ne goûte pas le lait, je vous rassure, c’est même très bon !).



Un petit reality check logistique
Après cette première randonnée, je rentre au petit studio pour un moment de repos en solo. Les derniers jours m’ont permis de faire un peu le point sur mon voyage jusqu’à maintenant et sur les prochaines étapes. Je réalise qu’avec les dernières semaines et les voyages en Islande et en Angleterre, le budget s’écoule plus vite que prévu ! C’est la différence entre le voyage touristique plus condensé et mon « marathon », où je fais plus attention aux finances.
Ça m’amène aussi à réaliser le paradoxe (ou dilemme) du voyage lui-même. J’ai dépensé plus que prévu : qu’est-ce que je fais ? J’arrête tout et je vis comme un moine ? Je ne peux pas rester à rien faire non plus. Ça me sert à quoi d’être dans un pays simplement pour y être physiquement sans le visiter, sans l’expérimenter ? Il me faudra trouver une solution… C’est un apprentissage, en même temps. C’est la différence avec un voyage plus classique où, en l’espace de deux semaines, on va maximiser les activités, les déplacements et les hébergements (et le coût va avec). Mon objectif de voyage était davantage d’être en mode ralenti pour mieux gérer mes dépenses. J’ai peut-être mal anticipé cette première phase, mais en même temps, tout ça est nouveau pour moi.







































































































































































































































































