Catégorie : Récits de voyage

  • Bulle de Suisse

    Bulle de Suisse

    Changement de décor

    La palette de couleurs change pas mal en passant des Balkans à la Suisse. Il y a encore plein de montagnes, mais elles sont bien vertes et couvertes de vaches avec leur GPS-cloche.

    Qui ? Moi ?

    L’arrivée en Suisse, c’est le débarquement le plus rapide que j’aie jamais eu. Tant pour la sortie de l’avion que pour les contrôles de sécurité (qui sont inexistants, parce que tsé, les Suisses sont neutres). Ça a pris à peine 15 minutes entre le moment où je suis sorti de l’avion et celui où je me suis retrouvé à l’air libre. Je ne comprenais rien.

    Mon corps était en train de se digérer lui-même en arrivant à l’aéroport de Genève. Je m’étais préparé à des prix élevés, alors je me suis dit qu’un bagel dans une grosse franchise comme Dunkin’ Donuts permettrait d’épargner un peu mon budget. 14 $ canadiens pour un bagel nature !

    J’ai finalement déjeuné avec un sac de Doritos rapporté des Balkans.

    Une chose que j’ai appréciée, toutefois, c’est de retrouver les bacs de recyclage. Ils étaient inexistants dans les Balkans et j’avais toujours un petit pincement au cœur à tout jeter sans distinction. J’ai pu mesurer le poids de toutes ces années de conditionnement.

    J’embarque finalement dans mon train pour Genève. Je me laisse porter par les douces vibrations des rails face aux paysages lointains et m’endors, rattrapé par ma nuit passée sur le sol de Barcelone.

    Bulle (oui, Bulle)

    Un réseau franchement bien rodé de trains et d’autobus m’amène jusque chez mon hôte, Chantale, dans la petite ville de Bulle. Un accueil chaleureux m’attendait et on m’a offert un petit studio rien que pour moi. Parfait pour enfin décompresser un peu en ce début de voyage solo.

    J’en profite pour me promener un peu dans les environs et faire quelques achats pour ma randonnée du lendemain vers le sommet du Vanil de l’Écri, à 2 375 mètres d’altitude.

    Comme paysage en sortant de chez moi à Bulle, j’ai vu pire !

    La randonnée du Vanil de l’Écri n’est pas une ascension particulièrement technique, mais elle reste un peu physique tout de même. Il y a un petit camp de base à 1 635 mètres, tout juste avant la première grosse montée. Un « restaurant » modeste y est tenu par une poignée de bénévoles qui se tape la montée à pied avec tous les produits, simplement pour le plaisir de garder la cabane de Bounavaux bien en vie. Chapeau !

    Nous débutons la montée, Odile et moi, en attaquant le sentier qui devient de plus en plus escarpé. Il faut dire que le système de cotation des sentiers est plutôt contre-intuitif : le bleu signifie « difficile » et le rouge, « moyen ». Il faut faire ses devoirs avant de se lancer sur un nouveau sentier !

    Étonnamment, les vaches se promènent pas mal haut en montagne. Non seulement elles se gavent de verdure qui permet de produire le fromage suisse si réputé, mais elles jouent également un rôle dans la prévention des avalanches. En longeant les pentes, elles créent des terrassettes de piétinement ou Viehgangeln en allemand. Ces petits sentiers, à première vue banals, ajoutent du relief aux pentes, ce qui permet de réduire les risques d’avalanche en hiver.

    Tout juste avant d’atteindre le sommet, nous avons droit à une rencontre fortuite. Un troupeau de bouquetins paît paisiblement et s’approche de nous pour se laisser prendre en photo. Selon les locaux, c’est une occasion plutôt rare !

    Mon premier sommet suisse enfin atteint, la vue est quand même solide ! Je n’ai jamais vu d’endroits aussi époustouflants au Québec, je dois l’admettre. Du vert et du bleu éclatants à perte de vue.

    On regarde le monde de haut, mais une fois au sommet, il n’y a plus que vers le bas qu’on peut aller.

    La descente est toujours un peu tough sur les genoux, mais heureusement, nous faisons une pause à Bounavaux pour prendre une bonne soupe et un Rivella (une boisson gazeuse à base de petit-lait ; ça ne goûte pas le lait, je vous rassure, c’est même très bon !).

    Un petit reality check logistique

    Après cette première randonnée, je rentre au petit studio pour un moment de repos en solo. Les derniers jours m’ont permis de faire un peu le point sur mon voyage jusqu’à maintenant et sur les prochaines étapes. Je réalise qu’avec les dernières semaines et les voyages en Islande et en Angleterre, le budget s’écoule plus vite que prévu ! C’est la différence entre le voyage touristique plus condensé et mon « marathon », où je fais plus attention aux finances.

    Ça m’amène aussi à réaliser le paradoxe (ou dilemme) du voyage lui-même. J’ai dépensé plus que prévu : qu’est-ce que je fais ? J’arrête tout et je vis comme un moine ? Je ne peux pas rester à rien faire non plus. Ça me sert à quoi d’être dans un pays simplement pour y être physiquement sans le visiter, sans l’expérimenter ? Il me faudra trouver une solution… C’est un apprentissage, en même temps. C’est la différence avec un voyage plus classique où, en l’espace de deux semaines, on va maximiser les activités, les déplacements et les hébergements (et le coût va avec). Mon objectif de voyage était davantage d’être en mode ralenti pour mieux gérer mes dépenses. J’ai peut-être mal anticipé cette première phase, mais en même temps, tout ça est nouveau pour moi.

  • Escale nocturne à Barcelone

    Escale nocturne à Barcelone

    Avant d’arriver aux paysages féeriques de la Suisse, mon avion doit faire escale à Barcelone. Pas parce que c’est sur le chemin (au contraire), mais parce que ça me coûte moins cher. Plus de la moitié du prix d’un vol direct en échange d’une p’tite sieste sur le plancher froid de BCN. Je voyage en marathonien, ça fait partie du deal.

    Juste assez de temps pour aller faire une petite visite express de la ville, en prenant le métro. J’ai vu passer à quelques reprises sur les réseaux sociaux des publications humoristiques qui mentionnaient que si nous sommes capables de nous retrouver dans les systèmes de transport en commun des autres pays, il est possible de faire face à n’importe quel défi dans la vie. Plus j’avance dans mon voyage, plus je me rends compte de cela. Islande, Angleterre, France, Suisse et maintenant Barcelone : autant de systèmes, de langues et de façons de faire différents pour un même objectif. Bref, j’ai acheté deux fois mon billet de métro à Barcelone, leçon apprise. Je suis prêt pour Tokyo (not).

    La ligne orange m’amène jusqu’aux Palmeres, pas très loin de là. Je débouche à la surface sur un espace public qui mêle des espaces verts (ok, plutôt bruns avec la sécheresse qui fait des ravages ici aussi), des enfants qui courent partout, des petites tables où les gens discutent devant une bière et plein de petits restaurants. Enfin, un endroit où me poser le cul !

    Je ne comprends presque rien aux conversations (450 jours de Duolingo pour être à peine capable de dire « Una cerveza, por favor », je suis bien avancé…), mais ça fait du bien d’être seul, tranquille, et sous une chaleur plus décente avec un petit 27 °C bien confortable.

    Il y a toujours un petit frisson à se retrouver dans une ville inconnue, dont on ne parle pas la langue, quand il te reste 3 % de batterie sur ta seule source d’information, de traduction, de GPS, etc. Bref, il est temps de retourner à l’aéroport pour ma chambre cinq étoiles, entre le banc en métal et la bouche de ventilation.

    Ça me fait penser à quel point la technologie et Gemini sont bien utiles, mais parfois, ça devient une béquille. Dès que j’ai une question, j’ai la réponse. Besoin d’une direction ? Voici le trajet en temps réel. Tu ne comprends pas un panneau ? Pointe ta caméra et l’image est traduite. À une autre époque, il aurait fallu poser la question à un humain et nouer le contact. C’est difficile de se défaire d’une telle facilité.

    L’aéroport la nuit, c’est particulier : si grand, si vide. Quelques âmes égarées comme moi parsèment le terminal. J’en profite pour faire un peu de repérage, histoire de savoir où me rendre lorsque ma porte d’embarquement apparaîtra sur les tableaux d’affichage.

    Lors de mon arrêt aux toilettes, je passe devant une cabine à la porte entrouverte avec une canne appuyée contre le cadre. Je n’en fais pas cas et m’installe à mon tour pour une partie de Mahjong sur ma boîte noire. Mon pauvre voisin a entamé tout un combat. D’après moi, le chauffeur de la zamboni à l’extérieur des toilettes a dû entendre ses grognements.

    « Uggggggggghhhhhhhhh!!!!! »

    J’avais beaucoup d’empathie pour cet inconnu et sa mission corporelle.

    Je longe les murs pour finalement trouver ce qui me semble être la seule prise électrique de tout l’aéroport. « Télécharge notre application pour obtenir ta carte d’embarquement », mais rien pour recharger ton téléphone. Va comprendre la logique !

    Je me détends un peu en observant un ballon perdu qui danse au plafond. Mon seul ami dans la nuit. Je me croyais dans American Beauty. C’était poétique.

    J’essaie de m’installer tant bien que mal pour dormir malgré le sol dur et glacé. Je suis un peu jaloux de ma voisine qui a eu la brillante idée d’utiliser son équipement de camping pour s’offrir un minimum de répit. Ça ou elle est décédée, le mystère plane toujours.

    Gros win pour le matelas de sol

    Le jour se pointe enfin à l’horizon et j’embarque dans ma voiture volante. C’est bien la première fois que je trouve les sièges d’un avion confortables.

    En route vers la Suisse ! (Pour de vrai, cette fois !)

  • Rouler le Lovćen

    Rouler le Lovćen

    Les routes de montagne monténégrines nous amènent jusqu’au pied du mont Lovćen, la montagne sacrée qui a donné son nom au pays (« Montagne Noire »).

    Bien que le sommet soit accessible par téléphérique, notre objectif là-bas était de louer des vélos de montagne pour en faire la descente. Du moins, c’est ce qui avait été compris !

    Nous débutons l’ascension en voiture d’une série de 26 lacets qui n’en finissent plus. La route est toujours aussi étroite et à double sens. Les locaux impatients te chauffent les fesses en te flashant les lumières pour que tu les laisses passer. Beaucoup d’entre eux roulent aussi les miroirs repliés pour pouvoir se faufiler encore plus facilement. C’était un brin stressant en longeant les bords de falaise !

    Il faut dire que la circulation est globalement très subjective depuis le début de notre périple dans les Balkans. Les lignes de la route sont plus ornementales qu’autre chose et tu vas te faire coller régulièrement par une voiture qui roule au milieu pour te dépasser dès qu’une ouverture (légale ou pas) s’offre à elle. Bref, tu fais ton chemin où ça passe et tout le monde y trouve son compte.

    Tout juste avant d’atteindre le sommet, nous arrivons à un point de contrôle pour payer notre entrée dans le parc. C’est une tactique assez répandue : les entrées des parcs sont très loin de la route. C’est toujours moins motivant de refuser le coût et de faire demi-tour quand tu viens de faire 45 minutes de petites routes montagneuses. Parfois, c’est aussi la seule route pour traverser une région, donc un peu l’équivalent d’un péage.

    Arrivés au sommet, nous poursuivons la dernière section à pied où quelques commerces et petits restaurants se succèdent. Nous apprenons sur place qu’il n’y a aucun accès à de l’eau potable au sommet, mais que nous pouvons acheter une bouteille d’eau de 500 ml pour la modique somme de 3 euros. Leçon apprise : toujours faire des provisions d’eau !

    Nous atteignons le kiosque de location de vélos pour le point phare de notre journée. Je vois sur le panneau d’information que le « Downhill Delight » en vélo de montagne est en fait la descente 100 % asphaltée de la route du sommet ; la même que nous avons empruntée pour venir jusqu’ici en voiture. La préposée nous informe toutefois qu’il y a un sentier plus « montagne » pour se promener dans le parc au sommet. Avec la chaleur toujours présente, nous optons donc pour des vélos électriques. Après un petit crash course sur nos montures et le GPS préprogrammé, nous débutons enfin notre randonnée cycliste.

    Le circuit fait environ 13 kilomètres et est composé à moitié de routes pavées et à moitié de sentiers pédestres parsemés de gros cailloux ronds qui ont clairement le dessus sur notre suspension d’entrée de gamme. Les bras bien engourdis par toutes ces vibrations, nous arrivons finalement jusqu’au pic Jezerski.

    Perché à plus de 1 650 mètres d’altitude, ce site du Lovćen est mondialement connu pour abriter le mausolée de Njegoš, le plus haut au monde. Toutefois, à huit euros par personne pour gravir les 461 marches creusées à même la roche et simplement avoir une vue panoramique de plus, nous avons passé notre tour.

    Le sorbet l’emporte sur le mausolée au petit restaurant qui avoisine son entrée. Nous reprenons la route du retour pour devancer l’orage qui semble venir vers nous.

    C’était ma première expérience en vélo électrique. J’ai bien aimé l’assistance dans une telle canicule. C’était facile de couvrir autant de kilomètres sans être complètement crevé au retour.

    L’expérience vélo terminée, nous reprenons la voiture pour refaire les 25 lacets des 25 kilomètres jusqu’au pied du Lovćen. Nous en profitons toutefois pour faire quelques arrêts à des points d’observation qui nous offrent une vue assez incroyable sur la côte adriatique et la baie de Boka. Les bateaux ont l’air minuscules 1 500 mètres plus bas.

    C’est la fin des Balkans pour moi (pour l’instant !), je prends l’avion le lendemain à partir de Podgorica. Cette dernière étape fut vraiment bien, mais je réalise que d’enchaîner deux voyages « touristiques » d’affilée (Islande et Balkans) est non seulement lourd pour le portefeuille, mais également pour l’énergie. Être toujours sur la route et transporter ses bagages d’un hébergement à l’autre ne laisse aucun répit.

    C’est également un rappel à la réalité pour moi dans ma planification de voyage. Je ne peux pas trop improviser mes déplacements à la dernière minute. Les coûts de transport sont exponentiels si l’on attend trop près de la date de départ visée. Je n’ai pas le budget pour ça, haha !

    Je ressors à la fois stimulé et épuisé de ces premières semaines de voyage. Je débuterai officiellement mon voyage solo pour la suite. Un rythme de voyage plus lent, où j’aimerais me poser deux à trois semaines au même endroit pour mieux apprécier les espaces, la culture et les gens. À voir si la réalité va suivre le plan.

    En route pour la Suisse, pays des vaches et du fromage !

  • Vers la glace du Durmitor

    Vers la glace du Durmitor

    Nous quittons la fraîcheur de la rivière Tara pour prendre les petites routes sinueuses indiquées par Sherpa. On s’enfonce dans le Monténégro sous une canicule qui écrase l’Europe depuis un bon moment déjà. Nous constatons vite un enjeu avec l’itinéraire : 80 km de distance à faire et 80 km d’autonomie en carburant. Nous aurions dû mettre de l’essence avant de quitter le Kamp Encijan…

    Après une longue consultation pilote-copilote-Google Maps, le chemin est décidé et nous débutons l’ascension des chaînes de montagnes en croisant les doigts de ne pas devoir chevaucher une vache vers la plus « proche » station-service. Les routes sont principalement une série de lacets qui serpentent de la base jusqu’au sommet. Les voies sont étroites et longent des précipices de plusieurs centaines de mètres. 53 minutes pour parcourir 23 km ; on change de conducteur régulièrement pour alterner entre vertige et mal de cœur à zigzaguer en hauteur comme ça.

    Entre deux jeux de courbes, nous faisons une pause pour admirer la vue incroyable du canyon Nedajno-Susica et les performances du zoom de l’iPhone pour zieuter le village de l’autre côté. Ça donne un bon avant-goût de la suite.

    Un ostifi de zoom ça

    Après quelques faux virages dans un chemin de cimenterie visiblement abandonné (un raccourci de Google Maps qui a bien failli percer le bloc moteur), nous rejoignons l’hôte de notre prochain hébergement à Žabljak. Une femme vêtue d’une longue robe rouge sang qui contraste sans gêne avec le pâturage environnant. Nous prenons place dans une petite maison de style chalet en « A » très confortable avec une vue sur les montagnes et les poulets.

    C’est pas mal comme fond d’écran pour traiter quelques courriels de job.

    Un homme, qui devait bien approcher 90 ans, venait à l’occasion entretenir son jardin en bas de notre terrasse. Il avançait d’un pas lent, mais solide, qui témoignait de la quantité de saisons à faire pousser ses patates.

    Le réveil sonne tôt le lendemain pour attaquer les 2 393 mètres du Prutaš dans le parc national de Durmitor.

    Prêt pour le Prutaš

    Au fur et à mesure de l’ascension, les sentiers rocailleux font place à des panoramas toujours plus hauts et vastes. Les pentes escarpées sont parsemées de fleurs bleues et jaunes qui témoignent de la transition plus tardive du printemps dans ces hautes altitudes.

    3 h 30 plus tard, nous atteignons enfin le sommet.

    Il fait frais. C’est peut-être à cause de la grosse patch de neige qui refuse de fondre à côté. Après une bataille de balles de neige un peu sales, nous prenons l’apéro des sportifs avant d’entamer notre descente.

    La descente est souvent physiquement pire que la montée, mais la vue…

    Les jambes bien engourdies, nous reprenons la route montagneuse et ses lacets sous la canicule qui n’en démord pas. L’épicerie est significativement moins chère que sur la côte croate et nous en profitons pour faire le plein de mayonnaise en tube de dentifrice. Une rivière est visible de la route et nous tentons notre chance pour y trouver un coin à l’ombre pour le dîner. L’eau qui provient des montagnes est tout aussi fraîche et translucide que la Tara. La baignade tombe vraiment à point avec le soleil qui brille sur nos cocos. En route pour le Lovćen !

  • Roche et eau entre la Bosnie et le Monténégro

    Roche et eau entre la Bosnie et le Monténégro

    Direction Monténégro, ou presque.

    On sent le paysage changer devant nous sur la route. Les montagnes prennent de l’ampleur et deviennent plus escarpées. Et les routes moins larges ! On enchaîne les petits villages et les groupes de chèvres qui broutent en bordure des routes.

    On croise même une centrale nucléaire nichée au beau milieu d’une petite ville, positionnement pour le moins curieux, mais bon.

    C’est en direction de notre prochain arrêt au Kamp Encijan qu’on remarque au loin dans un champ une structure énorme qui ressemble à un oiseau qui déploie ses ailes du sol. Pas le choix de s’arrêter et de gravir les 264 marches bancales pour aller voir de plus près.

    La Vallée des Héros (Dolina heroja), à Tjentište, est une œuvre brutaliste érigée en 1971 pour commémorer une bataille contre l’Axe en 1943 où, pour faire changement, plein de gens sont morts.

    Le truc est immense et intense ; il en impose. En observant les surfaces plus hautes, on remarque aussi les formes carrées qui évoquent des visages meurtris qui tentent de s’extirper du béton. À jamais figés dans le temps.

    Après ce court arrêt de cuisson sous le soleil d’après-midi, nous reprenons la route pour traverser la frontière entre la Bosnie-Herzégovine et le Monténégro. La topographie particulière qui connecte les deux pays oblige le passage par un premier point de contrôle à la sortie de la Bosnie, qui nous fait ensuite emprunter un pont étroit jusqu’au point de contrôle d’entrée du Monténégro. Cela crée un goulot d’étranglement qui n’est que plus intensifié par la machine bureaucratique du 20e siècle de ce beau pays montagneux. Après avoir passé une bonne heure à manger des chips dans l’auto, nous finissons par atteindre le kiosque où un agent frontalier, qui ne parle que trois mots d’anglais avec un fort accent, nous demande impatiemment une série de papiers pour autoriser notre entrée. Une fois passé la frontière, nous… faisons demi-tour pour ressortir du point de contrôle. La route pour aller à notre camp est située avant le poste. Nous aurions simplement pu éviter la file d’attente et nous y engager directement, mais ça aurait été l’équivalent d’entrer sans autorisation dans le pays. Pas très intéressé d’en connaître les conséquences.

    Après une trentaine de minutes à longer une petite route sinueuse à flanc de montagne, nous arrivons finalement au bout du chemin. Un homme, qui s’avère être aussi le cuistot du camp, nous attend sur la rive avec son embarcation pour nous faire retraverser… en Bosnie !

    Le Kamp Encijan opère sur la rivière Tara, qui découpe les deux pays, et la seule façon d’y accéder est de transiter par le Monténégro. Au moins, la formalité administrative sera faite pour le retour.

    Le site est particulièrement bien installé au fond du canyon (le 2ᵉ plus profond au monde après le Grand Canyon, selon les dires de notre guide). Il est pavé de grosses pierres et possède une grande terrasse avec vue sur la rivière. Un petit sentier mène vers les huttes d’habitation sans services et les douches partagées où les pommeaux fonctionnels sont plus rares que les araignées.

    Trois chiens sympathiques résident avec nous sur le site ; ils ont visiblement compris que les touristes = gratouilles, nourriture qui tombe des tables ou bâton lancé à l’eau (pour le caniche psychotique).

    Nous faisons la rencontre du propriétaire, Sherpa, un grand et sympathique sexagénaire qui aligne les cigarettes comme un enfant ses bonbons. Il faut dire qu’avec un taux de fumeurs à 30 % en Bosnie, l’hygiène de vie ne semble pas trop la norme et presque tous les hommes que nous avons croisés arborent un muffin top sans s’en soucier. Sherpa nous offre un traditionnel shot de tequila pour célébrer notre arrivée et nous montre nos quartiers. Une petite chambre commune dans un chalet où l’eau chaude ne fonctionne pas encore. C’est quand même plus luxueux que les huttes auxquelles nous étions destinés initialement !

    Les trois prochains jours sur le bord de la rivière turquoise et la nature s’annoncent paisibles et ressourçants. C’était sans compter le groupe de Bosniens avec qui nous partagions le site… Six hommes et six femmes au regard stoïque , chacun à leur table genrée, démarraient la journée avec des shots de tequila et la clôturaient avec une boombox de 20 000 watts crachant un mix de Céline Dion et de techno croate jusqu’à 3 heures du matin. Juste à côté de notre chambre. On se sentait plongés en 1995.

    N’en demeure pas moins que la rivière était au rendez-vous. La rivière Tara est profonde et son eau cristalline nous permet d’en voir le fond même à plusieurs mètres.

    Les guides, vantant la qualité incroyable de l’eau en provenance des montagnes, n’hésitent d’ailleurs pas à s’en abreuver durant leur escapade nautique. À voir la quantité de touristes qui fument et boivent de la bière durant leur descente, je m’en suis tenu à ma bouteille d’eau.

    C’est d’ailleurs une scène très comique que de voir tous ces groupes de gens en descente de rafting, pas de flottants et qui font des arrêts dans les bars de fortune aménagés le long de la rivière pour refaire le plein dans leur rafting.

    Bien festifs, ça contraste beaucoup avec la quantité de consignes de sécurité à suivre pour une expérience similaire au Québec. Il faut dire que leurs rapides, au plus intense de cette descente d’environ trois heures, ne sont probablement que de niveau un. Rien à voir, il faut dire, avec ceux de niveau cinq qui amènent chaque année des milliers de personnes sur la rivière Gatineau où j’ai fait mon baptême du feu en descente. On peut rester festif sans avoir trop crainte de mourir sur la Tara.

    La descente est relativement douce en intensité, mais l’eau à 10 degrés est fraîche et le soleil réconfortant.

    C’est une journée parfaite pour relaxer sur la rivière sous la tutelle de notre guide. Entre deux rapides, nous en profitons pour nous lancer à l’eau d’une falaise, nous laisser dériver les mains engourdies dans nos wetsuits et pour faire un arrêt dans un des bars improvisés sur la rive.

    Les breuvages offerts baignent et sont refroidis par un tuyau qui dérive un jet d’eau glaciale en provenance d’une chute en amont. La température de celle-ci avait de quoi faire envier les meilleurs bains froids qu’on peut trouver dans les spas de luxe !

    Après cette petite douche de glace, nous reprenons la rivière sous le soleil. Le parcours s’arrête exactement après le pont que nous avions traversé la veille pour passer le poste douanier. C’est la fin ! Nous remontons le raft jusqu’à notre véhicule où il est « sécurisé » sur le toit avec une simple sangle qui traverse les fenêtres à l’avant. Notre chauffeur se lance ensuite dans les mêmes routes sinueuses de montagne empruntées à notre arrivée, mais au double de la vitesse. Arrivés au bout du chemin, nous devons faire la file d’attente avec les dizaines d’autres véhicules qui rapportent tous des embarcations (il y a beaucoup d’entreprises qui opèrent sur la rivière).

    Une fois de retour au Kamp Encijan, nous retrouvons nos voisins Bosniens qui se font cuire un agneau entier en méchoui. Ils sont prêts pour une autre soirée gastronomique accompagnée du doux chant de Céline qui griche dans le haut-parleur.

    Surprise toutefois pour cette dernière soirée. Un groupe de musiciens, arrivés par la rivière avec leurs instruments, ont enchaîné les classiques du folklore bosnien durant le repas du soir. C’était vraiment bien ! Leurs clients, bien qu’attentifs au spectacle entre deux cigarettes, étaient complètement de marbre, ne remuaient pas un membre et n’affichaient pas un rictus d’appréciation. Ils versaient probablement des larmes d’émerveillement, elles devaient juste couler par l’intérieur. J’imagine que d’avoir été témoin d’autant d’atrocités dans son enfance, ça forge une personnalité.

    Au matin de notre départ, nous réglons la note avec Sherpa et il nous suggère un chemin alternatif pour nous rendre à notre prochaine destination. Nous avons vite compris après que son coup de crayon n’était pas tant à l’échelle de Google Maps, mais ça, c’est une autre histoire. En route vers le Durmitor !

  • Les plongeurs de Mostar

    Les plongeurs de Mostar

    Impossible de voyager en Bosnie sans faire escale à Mostar et son légendaire Stari Most (le Vieux Pont), véritable icône du pays qui semble tout droit sortie d’un conte de fées. Classé à l’UNESCO, il a été construit à l’époque ottomane au XVIe siècle, détruit en 1993 durant la guerre de Bosnie et reconstruit en 2004; il impressionne.

    Le pont est particulièrement célèbre pour son Mostari Diving Club qui existe depuis 450 ans. Les membres maintiennent la tradition depuis en effectuant leurs plongeons du haut des 24 mètres du Stari Most. C’est également un des lieux utilisé depuis 2015 par Red Bull pour sa célèbre compétition Cliff Diving. Comme si ce n’était pas assez haut, ils utilisent une plateforme en plus !

    Les plongeurs s’exécutent aussi pour le plaisir des touristes, s’ils paient. Une personne en maillot « tease » les passants debout sur le rebord du pont, faisant mine de vouloir sauter, pendant qu’un autre passe la quête dans la foule pour amasser quelques dizaines d’euros afin que les plongeurs s’activent. Il semble malheureusement que la dîme ne fût pas assez lucrative lors de notre passage, et il n’y a eu aucun saut.

    La place du pont au niveau de l’eau est bondé de petits zodiacs qui naviguent à fond la caisse entre les lignes des pêcheurs et les sauteurs de la « petite » plateforme de pratique. Le golden hour est particulièrement joli la vieille ville en arrière-plan.

    Notre hébergement est probablement l’un des plus beaux de notre séjour dans les Balkans. Une grande pièce commune avec des boiseries traditionnelles, précédée d’une antichambre d’accueil transformée en salle de thé. Une carte du monde est accessible aux visiteurs qui veulent laisser une trace de leur passage ici.

    L’appartement est situé à 2 minutes du pont et du Kujundžiluk (ou le Vieux Bazar), une place de marché vieille de 470 ans. Le sol est construit, comme beaucoup de vieilles villes européennes, de plein de roches rondes. Toujours comique de voir les autres traîner leurs valises à roulettes là-dedans ! Les allées sont bondées de petits commerces touristiques avec une panoplie de cossins allant d’un aimant à frigo produit en Chine, jusqu’à des sacs en cuir fait entièrement à la main et d’une très grande qualité (pour un budget assez raisonnable).

    Lorsqu’on s’éloigne d’une seule rue de cette jolie petite allée, le paysage change assez drastiquement. Plusieurs édifices portent encore les cicatrices d’obus de la guerre de Bosnie. La quantité de tombes de femmes, d’enfants, de bébés… datant de 1993 est assez troublante. Ce conflit a été le plus meurtrier en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec près de 100 000 morts. Pas très loin de là, Sarajevo, où pendant un siège de 1 425 jours, de riches touristes venaient se payer un « safari » pour chasser des humains, des enfants. Un bel épisode de l’humanité, quoi…

    Et sur une note plus joyeuse, encore un Carbage sur notre route 🙂

  • Village Antique de Mogorjelo

    Village Antique de Mogorjelo

    Situé près de la ville de Čapljina dans le sud de la Bosnie-Herzégovine, Mogorjelo est l’un des vestiges d’architecture romaine des Balkans. Une exploitation agricole privée bâti au 1er siècle (oui oui, 2000 ans) pour nourrir tous ces tabasseurs de gaulois. Au IVe siècle, les fortifications sont ajoutées et la place est transformée en résidence luxueuse où du vin et de l’huile d’olive sont fabriqués.

    Vers l’an 401, les Wisigoths sont rentrés dans le tas pour en changer la vocation religieuse (pour une meilleure bien sûr) et en faire notamment un cimetière.

    Pour accéder au site, il faut passer par un restaurant abandonné. La scène est assez surréaliste, car la place semble avoir été abandonnée hier et… il y a des années en même temps. Il reste plein de bouteilles de vin non-ouvertes, des équipements de restauration, tout le mobilier, mais la place est en ruine. Il y avait même une belle petite table pour deux à côté d’un tombeau vintage.

    Une fois à l’intérieur, un escalier étroit mène aux ruines et aux différentes pièces qui composaient jadis la villa rustica.

    Les murs datent, mais ils sont encore bien conservés pour leur âge et on voit que des travaux de restauration ont été fait par le passé. C’est d’autant plus étonnant que la place soit autant laissée à l’abandon comme ça.

    Il y avait au centre de tout ça des installations pour presser les raisins encore (semi) intactes. Une poulie enroulait un câble qui activait un long levier pour presser le p’tit jus des dieux.

    Malgré la canicule, c’était agréable de pouvoir expérimenter un endroit aussi authentique, vieux et… sans touristes !

  • Les chutes Kravica – le royaume du touriste

    Les chutes Kravica – le royaume du touriste

    Heureusement, avec la canicule qui n’en finit plus, notre itinéraire incluait la visite des chutes Kravica. C’est une petite oasis émeraude cachée dans la nature bosnienne sur la rivière Trebižat. « Cachée » est assez vite dit, disons. C’est noir de monde.

    Tu paies ton stationnement entre les dizaines d’autobus voyageurs, tu paies ton entrée sur le site, ta chaise, ton parasol… Il n’y a presque plus d’espace où s’asseoir tellement la place est bondée de trucs payants. Il est même interdit d’aller au pied des chutes, sauf si tu loues une embarcation.

    Bref c’est une attraction pour siphonner les touristes plus qu’autre chose.

    Au moins l’eau est très fraîche et encore gratuite !

    Le meilleur endroit était tout au sommet des chutes. La vue était moins grandiose, mais nous avions un petit bassin (presque) privé à l’ombre des arbres. Mon highlight de la journée : un serpent d’eau qui est monté sur ma jambe pour se réchauffer un peu. Pas de photo malheureusement…

    En terminant, première apparition d’une longue série de participants au Carbage run Albania. C’est un rallye automobile de plus de 2 000 km à travers l’Europe. Le but est de faire le trajet dans une vieille bagnole créative et faire des points avec des défis quotidiens bizarres comme ramener un balai de sorcière fait à la main, échanger son rétroviseur contre une bouteille de Rakija ou encore prendre une photo d’un panneau de signalisation albanais avec une faute d’ortographe.

    L’ours mobile – ça doit être un calvaire à nettoyer !
  • Des affaires de fesse à Ljubuški

    Des affaires de fesse à Ljubuški

    En continuant vers l’est, nous prenons des petites routes (qui ne sont clairement pas à jour dans Google Maps) pour s’arrêter à la forteresse de Ljubuški.

    Contrairement à ce que l’on pourrait penser d’une forteresse médiévale mentionnée au XVe siècle, son origine est zéro stratégique, mais plutôt une affaire de « cœur ». Le grand-duc Stjepan n’avait aucune raison militaire de construire à cet endroit, mais il est tombé éperdument amoureux de la fiancée vénitienne de son propre fils.

    Il a alors fait ce que tout beau-père zélé doit faire et il l’a enlevée et fait ériger ces immenses murailles pour la « protéger » de la colère de son fils. Une fois cet épisode de Bleu nuit terminé, le site a tout de même évolué, notamment sous l’ère ottomane où il est devenu une base frontalière avec des aménagements massifs comme des poudrières et sa propre boulangerie (fouille-moi le lien…), avant d’être abandonné au XIXe siècle.

    Aujourd’hui toujours dans de gros travaux de restauration, la place offre une vue incroyable de la vallée environnante et ses vignobles.

  • Dubrovnik, la découverte de l’Adriatique

    Dubrovnik, la découverte de l’Adriatique

    Première destination pour un blitz d’une semaine dans les Balkans ! Dubrovnik est une vieille ville forteresse construite en 614 sur le bord de la mer Adriatique. C’est très touristique, mais on comprend assez vite pourquoi en arrivant sur place. La mer est chaude et d’un bleu limpide, même dans le port. On peut s’y baigner partout sans problème.

    Je débute ce nouveau chapitre avec un petit ajustement de rédaction suite à ma dernière publication sur mon 10 jours en Islande en campervan. J’ai bien aimé documenter ce pays et notre expérience là-bas, mais je crois que j’ai un peu surfait le truc; c’était un brin long ! Je vais donc essayer de faire des articles plus courts pour en faire plus souvent. On s’adapte !

    Notre hébergement se trouve un peu au sud de Dubrovnik, à Cavtat. Ça donne déjà un super aperçu sur la mer et notre destination du lendemain.

    Après un petit 30 minutes à naviguer, nous arrivons jusqu’au port de Dubrovnik. C’est bondé de touristes déjà. Nous longeons les petites rues de la côte pour trouver un endroit où se baigner.

    Les plages de sable sont rares, on dirait, mais il y a plein de rochers pour sauter dans l’eau. Je préfère nettement ça !

    Ayant grandi sur le bord d’un lac du Québec, c’est toujours drôle de voir comment la notion de « froid » est subjective d’une personne à l’autre. Certains touristes sur la plage se trempaient les orteils avec des mimiques glaciales.

    La mer Adriatique est une des étendues d’eau les plus chaudes dans laquelle je me suis baigné !

    Une fois bien rafraîchis, nous poursuivons notre marche en bordure de mer jusqu’à un centre de location de kayak. Il existe une immense grotte tout près de là, la Plaža Betina špilja, qui n’est accessible que par la mer.

    Et mon bout préféré partout où je trouve de l’eau : sauter des falaises !

    C’était vraiment un endroit assez exceptionnel, une belle découverte en partant !

    Une fois les kayaks retournés, nous partons explorer un peu la vieille ville et sa forteresse.

    Les rues pavées de roche sont ultra-glissante avec la pluie, mais ça donne tout un cachet.

    Classé au patrimoine de l’UNESCO, les murs de la forteresse s’étendent sur 2 kilomètres et font jusqu’à 25 mètres de hauteur et 6 mètres d’épaisseur par endroit. C’est du solide comme qui dirait. Grâce à son positionnement et sa conception, cette ville n’a jamais été prise par un ennemi depuis le moyen âge. Même le tremblement de terre de 1667 qui a détruit la quasi totalité de Dubrovnik n’a presque pas eu d’impact sur la forteresse.

    Après un tour de ville sous une petite averse fraîche, nous nous lançons pour une montée soutenue de la ville afin de rejoindre l’autoroute. Google Map en arrache un peu pour trouver les petits escaliers qui serpentent un peu partout entre les routes et maisons, mais après un bon 30 minutes de cardio, nous atteignons finalement notre cible qui se trouve à être un point d’observation sur la ville.

    La vue sur la ville et la mer est imprenable…

    Dernière escapade avant de prendre la route vers Ljubuški en Bosnie-Herzégovine, une montée en voiture sur les routes vertigineuses du mont Srđ (comment vous prononcez ça ? pas facile les mots avec juste des consonnes hein ? Bienvenu dans les Balkans !) perché à 412 mètres au-dessus de la mer .