À temps pour l’orage à Perpignan (1938 km)

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LE camping sauvage parfait

Ma progression vers la mer va bon train, mais la nuit approche et mes emplacements potentiels pour dormir sont encore loin. En descendant un col de montagne dans une forêt domaniale, je remarque une petite route de gravier qui s’enfonce dans les bois. Je tente ma chance ! Après à peine 100 mètres, j’arrive à un petit pont qui surplombe une rivière et des chutes. Ce virage pris au hasard m’aura conduit à l’emplacement de camping sauvage le plus incroyable que j’aie jamais vu. Un bel espace plat dans les feuilles, légèrement caché de la route en contrebas, me permet d’installer ma tente et de garder ma moto près de moi. J’ai un bassin d’eau au pied de la chute qui me permet de me laver les couilles tranquille, sous le couvert d’une immense et vieille forêt. On aime ça, les coups de dés du genre ! Avec le bruit blanc de l’eau qui coule, j’ai eu le meilleur sommeil depuis longtemps.

Hébergement deluxe à Perpignan…

Le lendemain, je reprends tranquillement la route jusqu’à Perpignan, où je me pose dans une « auberge de jeunesse » en espérant y rencontrer d’autres voyageurs. Oh boy… J’arrive devant un immeuble sans poignée de porte (il faut juste donner un coup de pied pour la décoincer), qui donne ensuite sur des escaliers plongés dans le noir, l’éclairage ayant été saboté par les voisins qui n’aiment pas l’idée d’avoir autant de va-et-vient.

Une fois sur place, il s’agit simplement d’un appartement reconverti avec des chambres où sont installés des lits superposés triples en métal qui couinent quand mes voisins les escaladent à deux heures du matin. La pièce commune n’est qu’un divan avec une table et une télévision qui tourne en boucle sur des téléromans et les nouvelles françaises, devant une femme qui semble vivre ici depuis plusieurs jours.

Je partage aussi ma chambre avec un homme à la voix de ténor, ainsi qu’Elvis, un chien de race « pompe à piscine » avec un œil rouge qui sort de son orbite, arborant un filet de bave perpétuel et un regard creux qui contemple le vide de sa propre existence… Bref, disons qu’il ne marque pas des points pour son espèce !

Échec de plage

Je tente une escapade rapide pour aller à la plage et profiter un peu de la Méditerranée par ce 35 °C ambiant. Arrivé sur place, il n’y a pas un chat. Probablement à cause des vents de 100 km/h qui poussent tout sur leur passage : les déchets, les feuilles de palmiers, les jupes des touristes… J’en ai les yeux et la bouche pleins de sable. Je crois que mon petit après-midi à boire une bière tranquille sur la plage n’aura pas lieu, finalement. Le sauveteur devait trouver le temps long sur sa chaise. Je rebrousse donc chemin pour revenir au doux bruit blanc des téléromans de ma voisine. Ce n’est peut-être pas si mal au final, car un violent orage éclate tout juste après mon arrivée à moto, et on peut voir aux nouvelles des tornades qui touchent le sol à Carcassonne, pas très loin d’ici.

Pasteur Dominique

Dans ma hâte de trouver un hébergement, je n’avais pas remarqué qu’il n’y avait aucune cuisine ici. Pas très commode, mais je m’installe tout de même pour me faire un spaghetti dans la salle commune. Le propriétaire est venu me voir par la suite, visiblement mécontent que j’aie utilisé mon brûleur à gaz dans l’appartement. Ma faute (mais j’ai bien mangé !).

Cela m’a permis de discuter une bonne heure avec lui pour me rendre compte que nous avons une personnalité de polymathe très semblable. Il est docteur et enseignant en théologie (ouf !), travaillait anciennement dans la construction, et possédait des immeubles à revenus qu’il a tous vendus pour s’occuper des orphelins en Afrique (il vit la majeure partie de son temps au Cameroun). Il possédait une entreprise de développement informatique en Angleterre, qu’il a rapatriée en France et qui emploie des développeurs en Afrique. Il fait de l’hébergement de courte durée dans son immeuble pour financer les orphelinats. Il a voyagé partout en Europe, en Asie de l’Ouest et en Afrique sur sa moto depuis trente ans. Et là, il s’occupe de réparer la porte d’entrée sans poignée brisée par le syndic de son immeuble, qui lui cause des problèmes pour son auberge et veut lui racheter ses parts pour une transmission à deux sous. Bref, à part citer la Bible par cœur, nous avons beaucoup de points communs !

Il m’apprend aussi qu’il héberge gratuitement l’homme et la femme, et leur donne un peu de travail pour les aider à remonter la pente. Elle est dépressive et s’est fait jeter dehors par son mari, et lui est en procédure de séparation avec la mère de ses quatre enfants qui l’a trompé. Le téléroman n’est pas qu’à la télévision, visiblement.

Dominique, le propriétaire, prêche la bonne parole, mais l’applique aussi concrètement : c’est beau à voir.

Demain il fait chaud et je repars pour longer la cote jusqu’en Italie. Mais avant, prise 2 pour la plage. Avec succès ! Sauf pour le bout où j’ai laissé mes clés sur le neiman de la moto, mais elle était encore là à mon retour, donc c’est ok.

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