Départ à la Castafiore
Après deux nuitées dans cette auberge pour le moins particulière, c’est le moment de reprendre la route. Pendant que je prépare mes valises, Dominique discute avec une femme qui est arrivée aux petites heures du matin et qui, n’ayant pas lu les consignes reçues avec sa réservation, a réveillé tout l’immeuble en sonnant chez les voisins et s’est installée dans une chambre privée, plutôt que dans le dortoir pour lequel elle avait payé. Dans la continuité de ce comportement du client bon marché qui « exige », elle s’est mise à faire toute une scène en criant au mauvais service hôtelier, qu’elle venait d’Espagne, que ce n’était pas une façon de traiter un client, etc., etc. : une démonstration parfaite de victimisation. Je l’ai vue partir avec ses valises quelques minutes plus tard. Cette scène me rappelle trop bien certaines de mes expériences de location de campervan au Québec où des clients exigent mer et monde en service et compensation financière pour des attentes cinq étoiles non comblées. Ça semble systémique avec les services à petit budget : moins c’est cher, plus tu tombes sur des clients irrationnels et exigeants qui vont gratter les dollars.
J’ai encore une moto
En terminant d’installer ma montagne de bagages sur la moto, une voisine du quartier s’approche de moi. Elle se demandait bien quel hurluberlu avait le gut (traduction libre ici) de laisser sa moto stationnée ici durant la nuit avec toute la criminalité et la prostitution du quartier. Eh ben… Elle est encore là, au moins !

Route aride
Fidèle à mon habitude, je reprends la route en évitant soigneusement les autoroutes. Les chemins traversent des terrains rocailleux partagés entre d’immenses vignobles, des buissons chétifs et des arbres qui s’arrachent de peine et de misère d’un sol pauvre (quand il n’est pas simplement calciné par les feux ou la sécheresse).
Musée Spiktri
Après quelque temps, je m’arrête au musée Spiktri pour une surprise incroyable. Le site est une ancienne usine de production de vin composée de plusieurs hangars où un artiste a passé 18 mois durant la pandémie à créer et installer plus de 3 000 œuvres faites de matériaux recyclés.



Le style très alternatif et « Banksy » me faisait penser à L’Osstidburn. J’ai seulement fait un des trois hangars et déjà mon cerveau était en train de surchauffer tellement tout était visuellement stimulant.

Simplement wow, la quantité et la qualité du travail là-bas ! Avec toutefois un bémol notoire : bien que le site ne comprenne que des œuvres originales, l’artiste affectionne beaucoup l’IA pour la création, et toutes les affiches commerciales ainsi que le matériel promotionnel du musée étaient créés avec cet outil. Ça détonnait un peu avec tout ce que représente ce lieu.
Attention aux yeux !


Sans grande surprise, maintenant hors des Pyrénées, je retrouve les routes plates et droites de France. J’en profite donc pour enchaîner un double trajet et faire plus de 360 km vers l’Italie.

Plan de camping fouareux… encore
Cet enthousiasme à couvrir de la distance se retourne un peu contre moi, car aucun des deux emplacements de camping sauvage n’était bon, finalement. Pire encore : en tentant d’accéder au deuxième, je me suis retrouvé coincé dans une allée étroite, sur un terrain délavé et couvert de roches, en pente montante, devant une barrière verrouillée. J’étais bloqué, et impossible de faire demi-tour. Fuck.

Deux enfants jouant dans la cour de leur maison à côté se demandaient bien quel drôle d’extraterrestre j’étais là avec ma moto : « Monsieur, vous n’avez pas le droit d’aller dans le parc, je crois. » J’ai finalement réussi à dévisser la clôture du bout des doigts et à entrer dans le parc pour y faire demi-tour. J’ai autorisé les enfants à rire de moi si jamais je tombais en tournant sur la pente abrupte.
Trois tiques en neuf jours
La nuit approchant, j’ai finalement dû me rabattre sur une chambre d’hôtel à 21 h. Je dois prendre garde de mieux calculer mes itinéraires après 17 h (même si je n’ai pas été chanceux aujourd’hui)… L’hôtel F1 (de son petit nom) avait des portes en carton qui me permettaient d’entendre le moindre bruit dans le corridor, et l’évier de ma chambre se déversait dans une chaudière, mais le lit était propre et confortable. C’est l’essentiel.
J’en profite aussi pour faire une petite inspection et je trouve deux autres tiques sur moi. Décidément, il faut que j’arrête de m’asseoir au sol. Mon kit de pinces à tiques acheté au gros prix quelques jours auparavant va être rentabilisé.

Le lendemain matin, je refais un itinéraire un peu à l’arrache pour mon prochain arrêt. Je décide finalement de fuir l’humidité et les routes droites de la côte pour entrer dans les Alpes françaises.

Pas de Marseille
J’envisageais d’aller faire un tour à Marseille, mais je n’avais pas trop d’intérêt à visiter cette ville à la base. Le simple fait d’être en périphérie m’a confirmé mon choix. Les routes ont l’air un peu à l’abandon, il n’y a pas un mur sans un graff horrible dessus, des déchets partout… Bref, pas très accueillant. J’ai également pu constater en arrivant à quel point il y avait peu d’ouverture vers la nature. Des habitations un peu partout et tous les accès aux petites routes qui pourraient faire un bon coin où passer la nuit sont intentionnellement bloqués par des tas de sable, des clôtures ou de gros panneaux interdisant l’accès. Ça s’annonce logistiquement difficile en plus.
Allez, hop ! Direction les Alpes pour plus de fraîcheur et des cols de montagne.
On mise tout sur le jeton rouge !
Je fais la route vers le nord en espérant que mes plans de camping sauvage vont fonctionner cette fois, car demain je dois faire un double trajet pour traverser une zone du parc national du Mercantour ; je dois absolument me rendre à destination ET bien tomber sur les endroits identifiés pour le camping sauvage. Tout ça avant la tombée de la nuit.
Sur une autre note, c’est un petit défi logistique perpétuel de s’alimenter quand mon seul compartiment est une boîte en plastique bien exposée au soleil sur la moto. Faute d’espace et de conservation, je dois faire des arrêts assez fréquents, mais c’est surprenant de voir comment les aliments durent plus longtemps que ce à quoi je m’attendais. Pour une fois, je sens et je goûte pour confirmer la fraîcheur avant de manger. C’est aussi l’occasion de voir des pots de moutarde qui s’ouvrent en roulant ou des yogourts qui explosent sous la chaleur. On s’habitue à consommer du fromage et de la bière chauds avec le temps.
Je vis également dans une perpétuelle humidité à moto. J’ai chaud dans mes vêtements et ma serviette, toujours un peu humide, partage volontiers son eau avec le reste de mon linge. Les sacs de compression étanches sont vraiment un must pour avoir du linge propre qui demeure sec. J’ai aussi rarement accès à des buanderies et au temps nécessaire pour faire sécher les trucs la nuit avec la rosée. J’apprends à faire au mieux avec ça.
Surprise du paradis
Mon trajet me fait passer à nouveau par des cols de montagne (la joie !) et m’amène vers une petite église qui donne sur le lac de Serre-Ponçon, à Ubaye. J’y trouve un super emplacement plat, sous les arbres, avec une table de pique-nique, directement en bordure du lac où j’en profite pour laver mon linge et relaxer. On apprécie les petites victoires avec des emplacements comme ça durant ce voyage !



J’y rencontre également Nico, un Suisse-Allemand sympathique (oui, ça existe !) qui voyage seul avec son campervan qu’il vient tout juste de convertir. Deux introvertis qui discutent philosophie devant un spaghetti et une bouteille de vin, ça fait du bien à l’esprit !




Mon séjour ici s’étire finalement d’une journée avec la tempête qui débute durant la nuit et se poursuit jusqu’au lendemain. J’en profite pour revoir mon itinéraire et ne pas redescendre vers la côte, pour plutôt aller directement vers Turin, en Italie (et faire quelques cols de montagne en même temps !).



















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