Endors la vieille (1742 km)

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Arrivé à la moitié du trajet, j’entre en Andorre (j’avais oublié son existence !). C’est un tout petit territoire de 468 kilomètres carrés seulement, enclavé entre la France et l’Espagne, avec une population majoritairement catalane.

Le passage de la douane se fait sans aucune vérification. Un agent frontalier assis dans sa cabine semble trouver le temps long, mais aucun contrôle n’est demandé et je passe sans même mettre le pied au sol. La route m’amène rapidement à Andorre-la-Vieille (je trouve le jeu de mots délectable).

C’est une ville dense, avec des rues qui sillonnent la vallée et les flancs de montagne limitrophes, créant une espèce de labyrinthe routier en trois dimensions où on ne sait jamais si on a pris la bonne direction. Il y a beaucoup de touristes et une activité urbaine quand même pas mal intense. L’hiver, il y a plein de stations de ski tout près et ça donne des airs de Mont-Tremblant. On voit que les dollars du tourisme travaillent fort ici : les infrastructures sont propres et bien entretenues !

Mon premier choix d’hébergement, une auberge de jeunesse en plein cœur de la ville, ne fonctionne finalement pas, faute de stationnement à proximité. C’est plutôt contraignant de ne pas avoir accès aux valises de la moto, et encore plus de les traîner avec moi dans un dortoir. J’opte donc pour poursuivre mon chemin et sortir de la ville jusqu’au Camping Ferrosins.

Un petit bijou niché au creux de la vallée d’Incles, où une brise fraîche descend des sommets. Ça me change des 30 °C que je subis depuis des jours ! J’y fais la rencontre d’un bonhomme catalan de 68 ans qui parle un franglais cassé et passe ses journées à jouer à une espèce de SimCity 2000 sur son portable. Il me raconte qu’il possédait exactement la même moto que moi avant, et nous discutons des différents itinéraires de la région. Il enchaîne les cigarettes pendant nos conversations, mais il est bien sympathique.

Je profite de cette petite pause de deux jours pour faire une randonnée dans les montagnes avoisinantes : une montée de 1 h 45 indiquée comme plutôt facile, qui se termine à la Cabana Sorda à 2 313 mètres, un refuge au bord d’un réservoir d’eau. J’y rencontre mes voisins de campement, Andreo et Nuri, un couple catalan en vacances pour le week-end.

À mon retour au camping, je vois sur une affiche l’annonce d’un festival de musique qui doit se tenir sur le site le soir même !

L’événement en trois temps débute avec une prestation de Joan Pau Cumelles & Alex Bagària et leur style bluegrass dans un refuge à l’entrée du chemin, puis se déplace dans notre camping avec un groupe de six musiciens (Antònies Darkness) qui enchaînent les covers rock des années 90 en version folk catalane. Vraiment très bien ! Avec Nuri et Andreo, nous nous rendons ensuite vers la prestation finale au bout du chemin pour Sara Roy, une jeune étoile catalane montante de la région, qui m’endort de sa douce voix.

La marche de quelques kilomètres entre chaque étape permet d’apprécier les vieilles maisons qui bordent la route. Elles ont un cachet incroyable !

Et la dernière scène, dans le fond de la vallée, nous offre un lever de lune entre les sommets qui était assez unique. On se croyait sur une autre planète, tout en montagnes.

Le lendemain, nous partons en « randonnée » (aka monter en autobus) pour aller voir le pont suspendu Tibetà de Canillo. Mais il fait 34 °C, alors je ne m’en plains pas. D’autant plus que je n’ai pas pu laisser mon gros manteau de cuir en sécurité, alors j’ai fait toute l’excursion avec celui-ci dans les bras et mes grosses bottes aux pieds.

Inauguré tout juste en 2022, c’est le plus long pont du genre de toute l’Europe avec ses 600 mètres de longueur et 180 mètres de hauteur. Ça, c’est de la grosse construction ! C’est toujours comique de lire la terreur sur le visage des personnes qu’on croise et qui ont clairement le vertige. Nous avons même eu droit en primeur à une petite démonstration de saut en bungee à notre retour. À 1 875 mètres au-dessus de la vallée, cela donne tout un point d’observation !

Notre parcours nous amène ensuite jusqu’au Roc del Quer, à 1 910 mètres d’altitude, qui offre un autre super point d’observation sur les vallées de Montaup et de la Valira d’Orient. À cet endroit se trouve La Ponderació (« La Pondération » ou « La Réflexion ») : la statue représente un homme assis pieds nus au bord de la passerelle, le corps détendu et le regard plongé dans le paysage. Une invitation à la méditation et au lâcher-prise face à l’immensité de la nature !

C’est sur cette petite excursion ensoleillée que nous nous disons adieu, avant que je remonte en selle pour poursuivre mon itinéraire jusqu’à Perpignan et enfin rejoindre la mer pour me planter les pieds dans le sable !

Du moins, c’est le plan…

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